1614 - Opera Diabolicus (2012)

Publié le par Mordhogor

Opera-Diabolicus-1614.pngErzsébeth Báthory, un nom qui, depuis quatre siècles, fait encore trembler les initiés et pâlir de jalousie les plus terribles de nos tueurs en série. Celle que l'on nomma à juste titre - ou à tort selon certains historiens - la Comtesse Sanglante, vécut en Hongrie de 1560 à 1614. Elle fut mariée très jeune (15 ans seulement !) à un prince Nadasdy et entretenait des liens proches avec la famille de l'Empereur Matthias Ier du Saint Empire Romain Germanique. Rapidement délaissée par son époux, qui passait la majeure partie de son temps à faire la guerre aux turcs, celle que l'on disait plus attirée par les amours saphiques lui donna cependant cinq enfants, dont deux moururent en bas âge. La légende étoffa alors sa véritable histoire pour la parer de ténèbres. Obsédée par sa beauté, on dit qu'elle s'empara de l'idée selon laquelle le sang de femmes pures redonnait vigueur et beauté à sa peau diaphane. On dit encore que six cent vierges entrèrent à son service et disparurent à tout jamais. Tant de disparitions entrainèrent un procès, baclé pour des raisons politiques évidentes, et la belle fut condamnée à vivre cloîtrée dans une pièce de son château de Csejte, endroit dans lequel sa beauté se défît durant quatre longues années avant que la mort ne l'emporte, et la légende aussi.

Je recommande à ceux que l'histoire intéresse la lecture de l'ouvrage romancé de Valentine Penrose, sobrement intitulé La Comtesse Sanglante, livre de chevet de tout gothique qui se respecte, et qui se doit d'être coincé entre les minutes du procès de Gilles de Rais, baron de Tiffauges, légendaire Barbe Bleue, et l'histoire illustrée de Vlad Tepes, dit l'Empaleur.

Nombre de groupes de metal se sont bien sûr emparés du personnage, dont la vie ne peut qu'avoir inspiré - d'une façon consciente ou non -, le magnifique Carmilla, de Joseph Sheridan le Fanu, ouvrage fondateur du mythe vampirique aux côtés du Dracula de Stocker. Il y a bien sûr tout d'abord le groupe culte Bathory, pilier du black metal puis fondateur du mouvement viking metal, qui emprunta son nom à la douce comtesse avant de lui dédier une ou deux chansons. Plus récemment, Cradle of Filth livra l'un de ses meilleurs albums (hormis la production, qui laisse à désirer), Cruelty and the Beast, entièrement dédié à la comtesse assassine. Puis dans une autre genre, Kamelot composa à son tour un morceau découpé en trois parties (et vraiment très moyen, car sans réelle cohérence, le style du groupe se prêtant d'ailleurs fort peu au sombre thème). Les mystérieux suédois de Ghost composèrent dernièrement un excellent morceau, logiquement intitulé Elisabeth, envoûtant et psychédélique à souhait (écoutez donc leur merveilleux Opus Eponymous, dont j'attends la suite avec une grande impatience !). Je ne cite ici que les noms me venant à l'esprit, et vous invite avec joie à combler mes lacunes !

C'est donc pour vous parler de la nouvelle référence musicale en la matière que je frappe sur le clavier commer un damné alors que je vois tomber avec angoisse le crépuscule !

Tout comme l'a fait Cradle of Filth, il s'agit d'un concept album, qui ne se contente pas de décrire l'histoire attestée (ou contestée) de la comtesse, mais s'aventure sur le terrain de l'imaginaire avec un bonheur certain (les textes sont de toute beauté !).

Point de black metal ici, nous avons à faire ici à un véritable metal opera, ambitieux et alambiqué, sorti de l'imagination fertile de deux mystérieux créateurs, David Grimoire et Adrian de Crow, masqués tels des comploteurs vénitiens et dont personne ne connait la véritable identité. Le tout est produit par un certain Andy La Rocque, habitué aux ambiances horrifiques depuis ses débuts en tant que guitariste au sein de King Diamond et producteur de talent depuis de nombreuses années.

Le tout accoucha dans la douleur - mais cela n'est-il pas dans l'ordre des choses pour un tel sujet ? - car il fallut quatre ans au disque pour enfin voir le jour, et de peu s'en fut qu'il ne périt mort-né, mais nous pouvons d'ores et déjà parler sobrement de chef-d'oeuvre, tant l'album est maîtrisé de bout en bout.

Qui dit opera metal dit forcément invités de choix, triés sur le volet, et là, aucune erreur de casting n'a été faite. Le chanteur-batteur (je ne peux qu'admirer son jeu de batterie sec et précis, qui n'en fait jamais trop) Snowy Shaw, avec sa voix reptilienne si typique - écoutez Stone by Stone, et tremblez pauvres mortels ! -, retrouve son comparse Mats Leven, avec lequel il travailla pendant quelques années au sein de Therion (tous deux frontmen que j'ai eu la chance de voir alternativement sur les tournées Sirius B/Lemuria puis Sitra Ahra, quels souvenirs !!!). A noter pour l'anecdote

que Mats Leven a évolué au sein d'un groupe de glam intitulé Swedish Erotica dans lequel jouait aussi à la guitare Andy La Rocque ! Tout le monde se connaît bien, et cela se s'entend ! Puis arrive Niklas Ilsfeldt (Dream Evil), marquant de sa puissance la fin du swinguant et étonnant Forbidden. A tous ces hommes il fallait bien une femme, incarnation vocale de la sombre comtesse, et c'est en la personne de Camilla Alissander-Ason (rien que son prénom était tout indiqué pour la choisir !), une soprano professionnelle travaillant au sein de l'opéra de Göteborg et donc totalement étrangère à l'univers du metal, qui éclabousse de son talent l'interprétation du mythe vampirique, avec juste à mon grand regrêt de trop brèves interventions tant son timbre inquiétant et ténébreux illumine à merveille les textes sublimes qui sont les siens ("Hear as I sing for you all, this tune of devastation, the sign of the cross has been broken, now my time has come", sur ma chanson préférée de l'album, The 13th Guest).

Les morceaux sont longs - entre 7 et 10 minutes - tout en restant accessibles. Ils restent cependant suffisamment complexes pour supporter et même nécessiter de nombreuses écoutes. Ils réservent ainsi à chaque passage sur la platine - c'est aussi excellent sur un MP3, quand vous courez en rythme sur les feuilles mortes à en perdre haleine ! -, des trésors que seule pourrait révéler la lueur intime d'une chandelle au sein de quelque crypte obscure.

Les pièces maîtresses de l'album restent selon moi The Gates, Blood Countess Bathory, The 13th Guest et le reptilien Stone by Stone. C'est à la fois heavy, symphonique et gothique, mais le tout mêlé avec un savoir faire qui se fait rare, et je vous recommande chaudement de vous laisser bercer par cette sombre histoire. Meurtres sanglants, damnation, pactes de sang, voilà le programme rêvé pour les longues soirées dont le manteau a commencé à s'étirer sur nous...

 

Je ne sais pas pour vous, mais moi j'ai déjà hâte d'être au prchain !!! En prime, je vous mets même le clip, véritable moyen métrage qui s'avère être un véritable régal - ou cauchemar, c'est selon !

 

Bonne écoute

 

Stéphane DELURE

 

 

Publié dans Horror-metal

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chris 15/10/2012 20:55


ah la fameuse contesse qui aimait tant le sang des jeunettes !!!