As Above, So Below - Angel Witch (2012)

Publié le par Mordhogor

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La deuxième décennie du XXIème siècle s'annonce comme un véritable petit miracle pour les amoureux du metal, façon revival !

Après la vague du thrash metal (plus ou moins inspirée, c'est selon les goûts), enrichie du travail des anciens et des nouveaux disciples, c'est à la NWOBHM, la fameuse New Wave Of British Heavy Metal, de faire parler d'elle ! Et heureusement, car hormis les toujours bien vivants vétérans d'Iron Maiden - en singulière perte d'inspiration depuis leurs retrouvailles sur le très beau A Brave New World, mais cela n'engage que moi -, bien peu d'artistes ont survécu à ce courant musical né en Angleterre dans les années 80 en réponse à un heavy metal vieillissant, et malheureusement balayé en une simple décennie par les brulôts plus percutants du thrash.

Les véritables admirateurs de ce courant musical dont je suis vous diront que Manilla Road n'a jamais cessé de produire des albums souvent excellents, mais bien peu mis en lumière.

Et puis, en 2011, il y eut quelque chose que plus personne n'attendait vraiment : le réenregistrement mis un goût du jour par une production percutante (Andy Sneap, ça vous dit ?) et la force de persuasion d'un nouveau chanteur qui s'est lui-même surpris lors du remplacement de son prédécesseur défunt depuis longtemps (Human Remains - Hell (2011, enfin presque !) . Et ce n'est pas tout, car à l'heure où j'écris cet article, les "célèbres" Tygers of Tan Pang, qui n'ont cependant jamais vraiment quitté la scène, viennent de sortir un nouvel et magnifique album, Ambush ! J'attends du coup avec une certaine impatience le nouveau Praying Mantis !!!

Ce revival se nourrit aussi, il faut bien le dire, de la vague remarquable de groupes récents, utilisant un son plus épuré, rendant souvent avec brio un hommage aux maîtres des années 70 ou 80, groupes parmi lesquels je citerai Ghost (mes préférés !  Oh que je les adore ceux-là !), In Solitude, Portrait ou The Devil's Blood. Les jeunes loups ont ainsi encouragé les vieux meneurs à sortir de leur tanière. 

Et si je suis là, c'est pour vous parler du dernier enfant d'Angel Witch, As Above, So Below ! Et là aussi, on peut très justement dire que ce disque tient du miracle puisque le groupe originaire du Royaume-Uni n'avait pas sorti d'album depuis Frontal Assault, sorti en... 1986 !

Il est ainsi difficile de savoir à quoi s'attendre avant de mettre le disque argenté dans la platine, non sans avoir pris le temps au passage d'admirer la superbe pochette reprenant une oeuvre picturale de John Martin, The Last Judgement. Pour la petite anecdote - eh oui, vous savez maintenant que j'adore les anecdotes, elles ont souvent leur importance et nourrissent les conversations -, ce peintre talentueux et tourmenté, représentant du romantisme, fut essentiellement connu pour avoir illustré Le Paradis Perdu, de Milton (édité entre 1825 et 1827). L'oeuvre illustrant l'album qui nous intéresse est l'une de ses dernières peintures, datant de 1854, année de sa mort.

Pour revenir au groupe, j'avoue ne posséder que l'essentiel de sa maigre mais légendaire discographie, c'est à dire la magnifique édition Deluxe de leur premier album, Angel Witch, sortie à l'occasion de son 30ème anniversaire et accompagnée d'un second disque bourré de démos intéressantes et de B-sides excitantes (ah, Dr. Phibes !!! Me rappelle bien des souvenirs de série B d'épouvante grand-guignolesque !).

Le côté ésotérique et blasphématoire qui marquait les premières oeuvres d'Angel Witch m'avait alors profondément séduit, son travail se détachant de l'influence écrasante d'autres maîtres à jouer de la scène britannique de l'époque (Samson, Iron Maiden,...), sans oublier bien sûr l'effacement des influences blues qui pouvaient parfois marquer Black Sabbath ou Led Zeppelin, ni l'accélération du tempo et la dureté du ton propres à la NWOBHM. La quasi totalité des titres du premier album restent des hits en puissance qui n'ont rien perdu de leur charme. Comme Manilla Road, Praying Mantis ou Tygers of Pan Tang, Angel Witch possédait un style qui se détachait vraiment des canons évolutifs qui menèrent très vite au thrash et qui firent hélas que ces groupes se noyèrent trop vite dans l'oubli, peu aidés aussi par des producteurs et des maisons de disque souvent calamiteux dans leur démarche.

Alors, en 2012, que découvrons nous ? Et bien un groupe qui en a encore sous le pied !

Précisons tout d'abord qu'Angel Witch est avant tout l'incarnation d'un homme, Kevin Heybourne, guitariste, vocaliste et compositeur, véritable âme du combo, et seul survivant du line-up originel, dont il serait trop long et inutile de citer tous les changements, en partie responsables de l'oubli dans lequel Angel Witch s'est enfoncé tout seul. Et heureusement, le bonhomme n'en manque pas de talent !

Tout commence avec le formidable Dead See Scrolls - eh oui, les Manuscrits de la Mer Morte ! Le metal est loin de s'attaquer à des sujets évidents, rompant ici avec les clichés dont le genre souffre trop souvent -, qui montre une production parfaite, en accord avec son temps, tout en offrant un morceau sentant bon ce passé où l'on savait composer des morceaux de talent, rapides, efficaces, certes, mais emprunts d'une émotion palpable qui faisait la différence entre les chercheurs de hits et ces artistes n'ayant jamais su vivre de leur musique mais qui ont continué contre vents et marées à vivre pour elle. Une lourde mélancolie nous berce, quasi hypnotique, la voix d'Heybourne ayant mûri dans le bon sens, le chanteur mettant tout son coeur dans l'ouvrage, supporté par la rythmique imparable des riffs de Bill Steer et de la batterie très efficace d'Andrew Prestidge - une batterie à l'ancienne, n'ayant pas besoin de blasts pour démontrer toute la force et le feeling qu'elle peut développer. Du heavy, du vrai, à la limite du doom tant l'atmosphère créée est pesante, renforcée par la basse de Will Palmer.

Et les hits s'enchaînent, comme au bon vieux temps, mais avec une force supplémentaire : la voix d'Heybourne n'a rien perdu de son efficacité, bien au contraire, jouant sur les notes graves, ne sombrant jamais dans l'excès, à l'inverse d'un Dickinson qui a usé sa voix dans les aigus et qui est devenu parfois limite, n'en déplaise aux fans - ouh, je vais me faire lyncher ! Le ton est plus rock'n roll, même s'il se pare de l'aura sombre qui est le propre d'Angel Witch, bouc noir du sabbat bel et bien sorti du pentacle de magie occulte que les fans toujours présents ont su tracer pour l'invoquer à nouveau.

Les mélodies sont véritablement séduisantes, mêlant le heavy propre à la NWOBHM aux accents doom rendant le mélange mélancolique et enivrant de beauté (Into the Dark, Geburah - ce dernier n'étant finalement pas si éloigné de certains titres tirés de l'Opus Eponymous de Ghost, avec son solo entraînant et son refrain incantatoire). Chaque composition prend le temps d'installer une ambiance, les morceaux faisant au minimum 5 mn pour parfois même dépasser les 7 mn. Sacré changement là où les premières compositions du groupes envoyaient la sauce en 3 ou 4 mn ! Mais l'époque a changé, et Angel Witch y est tout à son aise, imposant son style reconnaissable entre mille tout en l'adaptant à une époque plus exigente en termes de production et de composition (enfin, pas toujours à en entendre certains).

La chanson la plus longue de l'album, The Horla, est une adaptation vraiment très inspirée de l'oeuvre éponyme de Maupassant. Elle ressemble à s'y méprendre à une magnifique ballade dans laquelle Heybourne montre toute la palette de son talent. La batterie lancera quelques accélérations bienvenues avant de se libérer totalement à 5mn30, laissant le morceau se terminer en apothéose et la guitare s'exprimer avec un talent délectable. Vraiment l'un des plus beaux morceaux de l'album.

Witching Hour rappelle avec sa cavalcade effrénée les anciens titres du groupe, efficace en diable, avec des riffs imparables, stoppés par des breaks plus sombres que la nuit la plus noire.

Mais s'il faut citer un morceau qui mérite le titre de chef d'oeuvre de cet album magnifique, je citerai volontiers le dernier - place souvent laissée à des titres moins inspirés -, Brainwashed, avec son ouverture grandiloquente et un brin inquiétante, confortant l'importance du rôle dévolu à la batterie, juste et efficace, comme à l'ancienne quoi ! Les riffs sont mordants à souhait, enchaînent les breaks qui font de ce morceau de 7 mn un hit véritablement envoûtant pour tout amoureux des compositions soignées, travaillées tout en parlant avec le coeur et les tripes. La voix d'Heybourne sublime vraiment ce morceau, même si elle intervient finalement peu en laissant ponts et breaks s'enchaîner pour notre plus grand plaisir. Je n'aime pas trop employer ce mot dans une chronique, mais c'est vraiment là un putain de morceau ! Il y a dedans tout ce qui faisait le charme de la fin des années 70 et le début des années 80 : des guitares solistes efficaces en diable sans en faire des tonnes, de la batterie qui ne se contente pas d'être rythmique, une basse bien présente, des riffs qui tuent et une voix sublimant la composition ! J'en redemande moi des titres et albums comme cela !

Allez, je vais aller me refaire un petit Manilla Road ou même un Cirith Ungol, ou le magnifique album de Ghost sur lequel je vous promets de bientôt revenir ! 

Je vous recommande chaudement, si vous êtres amoureux des cendres encore brûlantes de la NWOBHM, de vous procurer cet album indispensable, assurément l'un des meilleurs albums metal de cette année 2012 qui se termine.

Je vous laisse avec Dead Sea Scrolls, ouvrant magnifiquement l'album, et la quasi-ballade The Horla, vous laissant acheter l'album pour découvrir les autres perles qui se trouvent dedans. Et soyez patients, plusieurs écoutes seront nécessaires pour goûter à tous les plaisirs de cet album !

 

Bonne écoute,

 

Stéphane DELURE

 

  

Publié dans Heavy metal

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