At The Edge Of Time - Blind Guardian (2010)

Publié le par Mordhogor

atheedgeoftime.jpgBlind Guardian !

Un mythe, une légende venue du pays des teutons, un groupe au style à nul autre pareil qui officie depuis 1984.

Le combo s'appelait d'abord Lucifer's Heritage, et le moins que l'on puisse dire est qu'il a bien fait de changer de nom, tant le premier allait vite s'éloigner des sources d'inspiration du groupe. Car avant tout, la musique du groupe, c'est de l'Heroic Fantasy traduite à grands coups de riffs, de batterie forçant sur la double pédale, et d'un chant reconnaissable entre mille.

Tout d'abord officiant dans un registre purement catalogué speed metal, ce qui était somme toute classique pour un groupe allemand, la musique évolua vers quelque chose de toujours plus ambitieux, incluant au fil des créations de nouveaux arrangements, de nouvelles instrumentations, et des structures de plus en plus complexes. Sans entrer dans le domaine vaste du Progressif, la plupart des titres sortis ces dernières années ont dépassé le schéma classique et répétitif des éternels couplets, refrains, ponts, laissant plutôt la part belle à ces derniers et au plaisir d'une narration libre.

Et le petit dernier (bon, je sais, j'ai un peu de retard, mais j'écoute l'album depuis sa sortie, en 2010, c'est vrai !), At The Edge Of Time, enfonce encore un peu le clou, rapprochant le groupe de son souhait de réaliser une oeuvre reposant totalement sur l'aspect symphonique.

Ici, nous avons droit à deux morceaux reposant sur cette technique, dans laquelle l'orchestre n'est pas un simple décorum, mais bien un rouage indispensable de la complexe machine. Ces morceaux à eux seuls auraient justifié l'achat de l'album, tant leur richesse est grande.

Rappelez vous les scènes à effets spéciaux du Cinquième Elément et de L'Attaque des Clones, lorsque des voies aériennes chargées de véhicules volants montrent des plans fournis en détails qu'il a fallu superposer les uns après les autres pour créer une illusion parfaite, et vous aurez une idée proche de l'effort que les teutons ont dû réaliser pour parvenir à marier des pistes musicales alliant autant d'instruments différents et de choeurs grandioses. Et la réussite est impressionnante, de la magnifique ouverture de l'album, avec la prenante introduction de Sacred Worlds et ses envolées lyriques au sublime final de l'album, qui reste pour moi la plus grande réussite du groupe, toutes périodes confondues, Wheel Of Time, adaptation de l'oeuvre titanesque de Robert Jordan. Sur cette dernière pièce, les rythmes orientaux - et l'on constate ici que le groupe, passionné d'Heroïc Fantasy, ne s'est pas contenté de lire les premiers romans de l'oeuvre fleuve du défunt écrivain - se marient au metal de façon fusionnelle et magique. Ne manque plus que le film qui irait avec ! Pour la petite anecdote, je me suis du coup replongé avec délices dans la lecture de cette oeuvre qui n'a absolument rien à envier en imagination à celle de Tolkien. A tous ceux qaui attendent depuis longtemps l'adaptation musicale du Seigneur des Anneaux par le Gardien Aveugle, je dis que l'oeuvre de Jordan pourrait tout aussi bien être un piste intéressante, qui a visiblement motivé le groupe. Ecoutez donc l'exploit réalisé à partir de la cinquième minute du morceau : l'orchestre montant peu à peu en puissance, de légères percussions faisant patienter avant que les violons ne s'envolent et que la voix contenue mais rageuse d'Hansi Kürsch ne transcende la complexité du personnage central de l'oeuvre. Rand al'Thor est devenu en quelques minutes - alors que le récit complet est riche de plusieurs milliers de pages -  le Saïdin, le Dragon Réincarné ! On l'imagine sans peine menant le peuple des Aïels et ses alliés vers le Tarmon Gai'don, la Dernière Bataille. J'en ai des frissons à chaque fois que j'écoute le morceau. Un grand moment que je vous propose en fond sonore et que je vous invite à écouter de nombreuses fois, car chaque nouveau passage vous réservera bien des surprises.

Le reste de l'album est plus classique, et dès le deuxième morceau, on retrouve le speed metal traditionnel du groupe, rapide et rageur, qui ravira les premiers fans, dont je suis. On retrouve en toile de fond la cité imaginée par Moorcock, déjà utilisée par le groupe en 1992 dans l'album Somewhere Far Beyond, traçant un pont bienvenu entre les deux époques (le titre était Quest For Tanelorn). C'est ultra rapide, heavy à souhait et franchement imparable.

The Road Of No Release nous transporte dans un univers plus mélancolique, commençant comme une ballade puis s'aventurant sur des territoires épiques plus proches de l'album dédié au Silmarillion de TolkienNightfall in Middle Earth. Une belle réussite, comme l'album auquel il fait écho.

Ride Into Obsession impressionne par sa vélocité et le refrain suraigu sur lequel Hansi déchaîne sa voix au timbre inimitable (n'en déplaise a Larf F. Larsen, de Manticora, groupe que j'admire cependant). Cette chanson évoque un combat sans fin sur laquelle la batterie typique du groupe se reconnait entre mille.

Ambiance médiévale avec Curse My Name, genre qui sied à merveille au groupe depuis The Bard's Song. La voix plus sobre d'Hansi y fait des merveilles. Il y a un joli violon, forcément, et l'on se prend à fermer les yeux, en imaginant des troubadours et autres ménestrels dans une auberge bondée, chauffée par un grand feu. Le barde nous enchante encore et offre une pause bienvenue. War Of The Thrones joue dans la même veine, et promet de beaux moments de communion avec le public en concert.

Valkyries monte doucement en puissance, faisant preuve de belles envolées orchestrales. J'avoue cependant que j'attendais autre chose de ce morceau, tout simplement à cause de son titre prometteur. L'Or du Rhin aurait dû en toute logique mieux inspirer les descendants de Siegfried et j'attendais quelque chose de plus épique.

Control The Divine m'inspire le même constat et ne rajoute rien au talent indéniable de Blind Guardian, peut-être trop souvent parvenu au sommet par le passé.

Mais heureusement, il y a le single, A Voice In The Dark, véritable réussite quant à lui, incroyablement heavy, qui ramène à l'époque d'Imagination From The Other Side. Le refrain est proprement fascinant, aves ses choeurs envoutants, et prompt à donner le frisson. Le batteur est carrément mis à la torture, à la limite de fracasser son kit ou de se démettre un bras (bravo Frederick Ehmke !) et les guitares tant ryhtmiques que solistes donnent le meilleur d'elles-mêmes. Pour les fans, le clip est intéressant, avec sa ténébreuse ambiance de sacrifice maya, même si certain membre du groupe est un peu trop poseur (Hansi, oui, tu en fais trop !).

L'album est donc une incontestable réussite, bien plus convaincant que le Twist In The Myth qui précédait, et qu'il va me falloir réécouter cependant, afin de me faire une nouvelle idée de la chose. Je pense que comme moi beaucoup de fans se demandent maintenant ce que le futur du groupe va nous réserver. L'album entièrement symphonique est bien entendu la suite logique. Il va simplement nous falloir patienter, et espérer... Imaginez dix Wheel of Time et Sacred Worlds !!!

Juste en passant, j'en profite pour souligner la facilité des propos de certains journalistes et fans qui avaient profité de la sortie de cet album pour protester auprès d'Hansi et lui reprocher de s'être coupé les cheveux !!! Non seulement il les perd, ce qui n'a pas à se justifier, mais qu'est-ce que cela a à voir avec les musique ??? Au contraire du mythique Samson, le chanteur n'a rien perdu de sa puissance. Tout au plus perdons nous le plaisir de le voir headbanguer sur scène, ce qui n'était déjà pas son style... Non mais !

 

Bonne écoute !

 

Stéphane DELURE

 

Publié dans Heavy metal

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