Bent out of Shape - Rainbow (1983)

Publié le par Mordhogor

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Nostalgie, quand tu nous tiens !

Hier, je chroniquais un album de Meduza, dont je citais comme l'une des principales références la période de Rainbow avec Joe Lynn Turner au chant (1980 à 1984).

Alors, forcément, cela m'a donné envie de réécouter ce que je considère comme étant la plus belle oeuvre de cette période, et par la même occasion l'un des tout premiers disques de hard-rock que j'ai eu l'occasion d'écouter (il y a donc très longtemps...).

Et me voici tout naturellement amené à chroniquer ce Bent out of Shape de légende qui pour moi est entouré d'une aura toute particulière. Nostalgie, nostalgie...

Pour les incultes, Rainbow est né en 1975, sur l'impulsion du talentueux guitariste de Deep Purple, Ritchie Blackmore, après que celui-ci eut quitté le navire qu'il avait lui-même co-fondé en 1968. Il s'entoura de la quasi totalité du groupe new-yorkais Elf, qui avait ouvert à de nombreuses reprises pour le Pourpre Profond (euh, c'est ça la bonne traduction ?). Ce que l'on retiendra de cette fusion, c'est la découverte de l'incroyable vocaliste, Ronnie James Dio, qui nous a malheureusement quitté en mai 2010 après avoir fait les grandes heures de Rainbow, Black Sabbath et celles de son propre groupe, sobrement intitulé Dio.

Après 4 albums de légende, le petit immigré italien bourré de talent partit à son tour pour d'autres aventures et laissa sa place entre 1979 et 1980 au futur fondateur d'Alcatrazz (groupe connu pour avoir révélé les guitar-hero Yngwie Malmsteen et Steve Vai), Graham Bonnet. Roger Glover, ancien comparse de Blackmore au sein de Deep Purple, rejoignit l'aventure, occupant le poste de bassiste et de producteur.

Puis vint la période qui nous intéresse, celle qui fit basculer le groupe dans les années 80, l'amenant vers de nouvelles orientations musicales, plus commerciales et calibrées FM. L'époque voulait cela. Ritchie Blackmore aussi, s'y engouffrant sans pour autant sacrifier son talent sur l'autel du dieu Argent !

Deux albums de chauffe marquèrent le début de cette nouvelle période, Difficult to Cure et Straight Between the Eyes, emplis de tubes calibrés pour les ondes radios, des albums jouant avec une certaine facilité que beaucoup de fans reprochèrent à Blackmore.

Avec Bent out of Shape, on reste dans la même démarche, mais la barre va être placée bien plus haut. Chuck Bürgi prend le poste de batteur - charge qui restera toujours clairement et volontairement sous employée durant cette période FM - et David Rosenthal va s'occuper des claviers, qui vont cette fois-ci briller par leur habile intervention.

Qui dit "Hard-FM" dit tubes imparables. Alors forcément, l'album se doit d'en contenir. Et nous serons servis ! Dès la première écoute, on ne peut se défaire des refrains et rythmiques de Desperate Heart, Street of Dreams, Can't Let you Go et Fool for the Night, tous enlevés par la voix chaude et éraillée - juste ce qu'il faut - de Joe Lynn Turner. La guitare est bien entendu de mise sur ces tubes, mais également les claviers, qui sont pour beaucoup dans la réussite de ces titres.

Blackmore n'en fait pas trop, même si son incroyable talent brille au travers de nombreux solos, car le bonhomme a compris qu'il était plus important de se mettre au service de la mélodie et d'accompagner la formidable voix de son chanteur plutôt que de se mettre en avant et d'écraser le tout par un déluge de notes, leçon que ne retiendra visiblement pas toujours  l'émule du Maître, Malmsteen (le "toujours" est de trop ?).

Les nappes de claviers de Rosenthal sont vraiment de toute beauté, éthérées au possible, et bien éloignées des abus néfastes qu'elles peuvent engendrer quand elles sont mal utilisées. Ecoutez donc Street of Dreams, le deuxième morceau que je vous offre en écoute, pour vous en convaincre.

L'album commence fort avec le fougueux Stranded, sur lequel rôde une basse omniprésente avant qu'un solo de Ritchie n'éclate et nous transporte au paradis du rock en un moment de pur bonheur. De bon augure ce morceau !

Can't Let You Go est un hit en puissance, encore plus consistant que l'amuse bouche qui précédait. Le morceau est étrangement introduit par le son d'un orgue d'église. On entre alors en communion avec le morceau avant que la rythmique ne se lance (batterie et guitares s'accompagnent un court instant) et que ne raisonne l'incroyable voix de Joe Lynn Turner, qui livre ici l'une de ses plus belles prestations, simplement soulignée par les fines arabesques de la guitare de Blackmore. Le guitariste a réellement décidé de se faire plus sobre, même si son talent éclate au son de quelques notes.

Il s'offre cependant au cours de deux instrumentaux d'anthologie, Anybody There et Snowman, l'occasion de faire montre de toute sa maîtrise. Je vous ai mis le premier de ces morceaux en écoute, afin que vous puissiez vous faire une idée du talent incomparable de l'artiste, du maëstro ! Il joue sur la sensibilité, pas sur la rapidité d'exécution, au contraire de la nouvelle génération de guitar-hero qui arrive (et que j'admire cependant, pour les mêmes raisons !).

Sur le deuxième instrumental, c'est le clavier qui va se tailler la part du lion, nous transportant au sein d'un paysage pur et glacé avant que le solo de guitare n'arrive, superbe, répondant avec brio à l'atmosphère créée par Rosenthal (les arrangements sont cependant de Blackmore). C'est un morceau épuré, planant, presque atmosphérique.

Pour les plus costauds, il reste les toniques et rock en diable Drinking with the devil, Make Your Move et Fire Dance. Sur le premier comme sur le deuxième, Joe Lynn Turner se lance dans des cris aigus qui montrent tout l'entrain que le chanteur a rencontré dans cette aventure. Il se lâche vraiment, pour notre plus grande joie, même si personnellement je le préfère quand il joue avec nos émotions de façon plus subtile. Les solos de guitares qui habitent ces titres sont vraiment... électriques ! Du rock à l'état pur !

Fire Dance est plus ambiancé, même si rock dans l'âme. Il montre un côté plus sombre de l'album, avec une prédominance de la basse, une entêtante rythmique ainsi qu'un réjouissant solo de clavier - rejoint par celui de la guitare bien entendu. Le chant de Turner y est beaucoup moins enjoué, plus désespéré, ce qui contraste avec les hits plus FM de l'album.

Et au bout de 40 petites minutes, qui sont si vite passées, tout est fini. Mais il n'en fallait pas plus pour faire un chef d'oeuvre.

Bent out of Shape est pour moi l'un des plus beaux bijoux que Rainbow nous ait offerts. Je regrette du coup après un tel album la reformation de Deep Purple qui a immanquablement entraîné la mise au placard de Rainbow. Le groupe renaîtra brièvement en 1993 avant que Blackmore ne se consacre à l'univers médiéval que sa compagne Candice Night lui a visiblement inspiré (8 albums au compteur quand même pour Blackmore's Night !). Faudra que j'y jette une oreille un de ces jours, à l'occasion d'une soirée costumée avec faisans, poulardes et sangliers au menu !

 

En attendant d'organiser tout ça, je vous souhaite une bonne écoute !

 

Stéphane DELURE

Publié dans Hard-rock

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