Dagon - Stuart Gordon (2001)

Publié le par Mordhogor

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Etant grâvement retombé dans la dépendance des écrits lovecraftiens (certains diront que je n'en suis jamais sorti et je leur répondrai... qu'ils n'avaient pas tort !), je me devais de tomber un de ces jours sur le visionnage de cette oeuvre du spécialiste incontesté de l'horreur cinématographique made in Providence, j'ai nommé Stuart Gordon !

Car le bonhomme en est quand même à sa cinquième bobine adaptant à son propre univers les écrits d'HPL. Tout a commencé en 1985 avec Re-animator, puis From Beyond en 1986, Castle Freak en 1995 (probablement le plus fauché et certainement le moins connu), sans oublier Le Cauchemar de la Sorcière en 2005, chapitre très réussi des fameux Masters of Horror !

L'univers de Gordon est étrangement à des années lumières de celui de Lovecraft, car là où l'écrivain de Providence voulait en montrer le moins possible, afin de mettre en avant la terreur que pouvait susciter l'Indicible, le réalisateur américain se fait au contraire généralement un plaisir de plonger dans les délires grotesques du Gore, et tout le monde pense ici à cet intestin en délire attaquant sauvagement l'un des protagonistes de Re-animator, tel un tentacule gigantesque prie d'une folie meurtrière ! Cette approche est indissociable des premiers films de Gordon, un peu moins sur les derniers métrages (Castle Freak est on ne peut plus discret à ce sujet, à moins qu'il ne s'agisse tout simplement de la faute incombant à un budget vraiment trop réduit pour se permettre des délires coûteux).

Dagon tient un peu de ces deux penchants. Produit par Fantastic Factory, la boîte de production du sieur Brian Yuzna, située en Espagne, on se doute bien que le budget est loin de la somme allouée pour mettre en image notre Christophe Lambert national dans l'univers carcéral et futuriste de Fortress (...qui a dit que la somme dépensée n'était pas gage de qualité ?). Nous percevons d'un côté l'envie d'en montrer, avec notamment de très réussis et inquiétants maquillages (la vingtaine de villageois difformes d'Imboca) ainsi que quelques effets visuels malheureusement un peu trop cheap (la créature tentaculaire illustrant Dagon est pas trop mal quand même !), et d'un autre une habile mise en scène utilisant à merveille les décors payés par la production (quelques rues mal éclairées, quelques intérieurs sordides), cette économie de moyens se mariant parfaitement avec le souhait de Lovecraft qui préférait suggérer plutôt que montrer.

L'histoire est l'adaptation fidèle (attention, dans le fond, pas dans la forme !) de l'esprit qui se dégage du Cauchemar d'Innsmouth. La ville espagnole dans laquelle échouent nos héros s'appelle d'ailleurs Imboca, jeu de mots assez pauvre je dois le reconnaître sur la contraction espagnole des mots anglais "In the Mouth" (Innsmouth, pour ceux qui suivent pas !). Paul et Barbara, tout fraîchement devenus millionnaires, fêtent leur bonheur sur un yacht, avec un couple d'amis, au large des côtes espagnoles, naviguant sur les traces de ce passé mystérieux cachant les origines du héros. Une tempête violente et surnaturelle brise le navire sur un écueil et les naufragés doivent chercher du secours auprès des habitants du port le plus proche, Imboca.

Et l'ambiance s'installe, glauque et malsaine. La ville portuaire est l'impeccable adaptation visuelle des cauchemars du Maître de Providence, véritable réussite du film : toits croulants, ruelles sordides et chambres d'hôtel au "luxe" rebutant, silhouettes entraperçues cachant des malformations provoquant le malaise. Nous avons véritablement l'impression de marcher dans les rues de l'une de ces villes maudites si chères à l'écrivain, cités autrefois opulentes oubliées des humains et cachant de monstrueux secrets et des alliances contre nature. La montée dans l'horreur se fait discrète, insidieuse, pour devenir, éviedmment, Gordonesque, c'est à dire gore et éprouvante. Il y a du Massacre à la Tronçonneuse dans l'air avec ces victimes écorchées et l'étalage de leurs manteaux de peaux, utilisés afin de cacher les difformités de ces habitants qui lentement prennent l'aspect de créatures marines, engeances terribles de Dagon, le dieu Philistin. Je doute fort que beaucoup d'entre vous puissent regarder sans ciller et grincer des dents ce pauvre homme se faire arracher le visage à vif sous le regard impuissant du héros/spectateur. Seul bémol de ce film, d'ailleurs, c'est le choix de l'acteur principal justement, véritable personnage horripilant que l'on prendrait bien plaisir à trucider pour de bon tant il tire la bobine vers le bas. N'est pas Jeffrey Combs qui veut !

Et comme nous sommes chez Gordon, il y a du sexe, ce qui là encore nous éloigne de Lovecraft (ah si, dans l'Appel de Cthulhu, les indigènes dansent nus..., mais c'est tout !). Nous sommes loin du sadomasochisme plus que présent dans From Beyond, et plus encore Re-animator, avec sa scène culte montrant ce cunnilingus effectué par une tête sans corps à l'héroïne attachée sur un lit d'hopital !!!), mais il y a tout de même dans Dagon une femme nue et fort belle suspendue à un trapèze afin d'être offerte à notre regard lubrique, euh...à la divinité marine, pardon ! Il y a aussi une sirène aux seins nus, mais elle a des tentacules à la place des nageoires, et je sais pas si ça vous intéresse....

Cela ne vaut bien sûr pas l'adaptation géniale qu'Andrew Leman a réussi avec The Call of Cthulhu, pellicule en noir et blanc et muet, façon années 20 (on en reparle bientôt !), mais la bobine vaut largement le détour pour tous ceux qui apprécient ce genre de cauchemars...

 

Allez, je vais relire un texte ou deux du Maïtre avant d'éteindre la lumière !

 

Tiens, en prime, je vous ai collé un morceau pharaonesque de Nile, génial groupe américain de death metal, fervent adepte lui aussi...

 

Stéphane DELURE

Publié dans Cinéma d'épouvante

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Diabolik-tattoo 04/06/2010 16:27



tré simpa ton blog continu tchao