Death Cult Armageddon - Dimmu Borgir (2003)

Publié le par Mordhogor

Dimmu Borgir Death Cult Armageddon 

Dimmuborgir est avant tout le nom d'une formation volcanique, située sur les  terres glacées de la lointaine Islande !

Et nul doute que le groupe norvégien qui lui emprunta son nom est né de la lave des volcans léchée par le vent froid des terres du Nord.

En 1993, de démoniaques rejetons sortirent du tréfond des Enfers. Ils portaient les noms de Shagrath, Silenoz et Tjodalv. Ces démons majeurs grossirent avec le temps leurs troupes, les changeant au gré de leurs humeurs, et seuls les deux premiers sont encore à ce jour affectés à cette oeuvre de noire séduction qu'est Dimmu Borgir, groupe de black metal tout d'abord "ambiant" puis peu à peu "symphonique".

Et 10 ans plus tard, force est de reconnaître que nous sommes bien loin du son cru et lent des productions typiques du black metal norvégien de l'époque, leur premier album, For All Tid, semblant aujourd'hui appartenir à un autre temps révolu tant les choses ont changé. Finis les enregistrements effectués dans une cave sordide, fleurant bon l'humus et la putréfaction, abandonnée l'utilisation des claviers à seule fin d'ambiancer et ralentir le tout.

Depuis 2001, et l'avènement du somptueux Puritanical Euphoric Misanthropia (oui, ils ont toujours aimé les titres complexes en général composés de trois mots pas forcément évidents à assembler), le groupe s'est stabilisé. Il est désormais composé de Shagrath (chant), Silenoz (guitare), Galder (lead guitar et tête pensante du très recommandable Old Man's Child), Vortex (basse et voix claire, leadeur de Borknagar), Mustis (claviers) et Nicholas Barker (l'imposant batteur volé à Cradle of Filth), et s'est adjoint un allié de taille en la présence de l'Orchestre National Philarmonique de Prague, l'un des plus réputés au monde, ceci à seule fin de donner corps à son ambition grandiloquante et démesurée.

Sur l'album précédent, le mariage de la Belle et la Bête avait déjà donné naissance à une oeuvre aboutie, violente et inquiétante, très éloignée des stéréotypes du black metal traditionnel, ce qui avait d'ailleurs fait hurler certains fans du genre qui criaient à qui voulait bien les entendre que les norvégiens étaient devenus "commerciaux". Ces zozos-là ne devaient pas avoir la même conception que moi du mot "commercial" et n'avaient visiblement pas vraiment compris la logique élaborée par le groupe depuis l'agréable mais encore maladroit (mauvaise production, identité qui se cherche encore, manque de moyens) Enthrone Darkness Triumphant, oeuvre avec laquelle j'ai d'ailleurs découvert le groupe. Dans cette démarche, ils ont dépassé le statut du défunt (?) Emperor, qui avait déjà intégré dans sa musique des éléments symphoniques amenés par les claviers.

Le génie du claviériste Mustis, qui avait déjà à lui seul réalisé un travail remarquable sur Spiritual Black Dimensions (1999), est donc ici rehaussé par l'intervention d'un orchestre complet, apportant l'emphase tant recherchée par le groupe. Pas évident de faire se côtoyer les deux univers, celui de la symphonie orchestrale et celui de la rage métallique, surtout en évitant que l'un ne se noye dans l'univers de l'autre. Et le moins que l'on puisse dire est que le mariage est encore une fois une véritable réussite. Pour vous en convaincre, écoutez donc Progenies of the Great Apocalypse et Eradication Instincts Defined (cette dernière bénéficie d'une intro symphonique véritablement réussie, qui, si elle n'était sombre en diable, nous ferait douter d'être toujours sur le même disque). Les guitares se mêlent aux violons en un maelström étourdissant, le tout martelé par les fûts dantesques de l'ogre Barker (la photo de ce dernier dans le livret est véritablement... flippante !). Ce dernier a dû souffrir sur les blasts nombreux et l'usage immodéré de la double pédale. Peut-être est-ce pour cela qu'il a par la suite rendu les armes au profit d'Hellhammer...

Pour résumer cet album, rien de mieux que le titre, ce tristement fameux culte que les humains vouent à la Mort - et pas forcément influencés en cela par des démons malveillants : écoutez le début d'Unorthodox Manifesto, avec ses sons de sirènes hurlantes annonçant un combat à venir, ses bruits de soldats marchant au pas, la voix d'un officier disant sobrement "Gentlemen ? ... Destroy !" -, et qui les mènera immanquablement à l'Armageddon, dévastateur combat final du Bien contre le Mal.

Ce sont pourtant bien des démons inspirés qui livrent leur haine au travers de cette oeuvre dantesque, même s'ils se sont éloignés des clichés habituels. L'homme n'a pas besoin de vénérer une idole païenne pour répandre le Mal. Il se débrouille très bien tout seul. 

Mais revenons à ce qui nous préoccupe, la musique.

Mon morceau préféré reste celui qui ouvre l'album, Allegiance, commençant comme une intro devenue classique dans ce genre d'offrandes, emplie de bruits inquiétants, suivie d'un riff lancinant avant que n'éclate en un court hurlement la voix de Shagrath et le martèlement doublé de la batterie. Les violons donnent une aura unique au refrain, parvenant à rendre l'horreur séduisante.

Puis viendra le sublime et terrifiant Progenies of the Great Apocalypse déjà cité, lancé par la voix reconnaissable entre mille d'Abbath, chanteur du groupe culte Immortal, formant un duo véritablement diabolique avec Shagrath, duo qui sera renforcé par la voix claire et bien amenée de Vortex, plus en retrait sur cet opus (ce qui me convient personnellement, car c'est du black quand même ! Pour ma part, je n'aurai rien contre une voix féminine pour contrebalancer les hurlements de Shagrath... Vos avis sont ici les bienvenus). L'intervention de l'orchestre y est vraiment magistrale, mais le tout se terminera dans l'horreur, lorsque des mouches viendront rôder sur le carnage final, ouvrant le morceau suivant...

Les deux brulôts suivants justement, s'inscrivent dans une approche plus radicale et habituelle du black metal agressif, avec des rythmes moins complexes, le tout allant droit à l'essentiel. Lepers Among Us ressemble à un orage avec son tempo rapide sur lequel batterie et guitares se taillent la part du lion, le clavier ne venant que donner de temps en temps une note inquiétante vraiment bien pensée. Vresderbyrd est encore plus direct et chanté dans la langue natale du combo, ce qui ramène à des racines plus traditionnelles, me faisant penser à Emperor par moments. For The World To Dictate Our Death est également radical dans son approche, se faisant proche d'un Marduk mêlant le rapide avec le mid-tempo. A noter sur ce morceau les blasts destructeurs de Barker et les nappes de claviers vraiment létales, se déployant telles les ailes noires d'un ange de la mort. Le refrain haineux de Shagrath y est à faire frémir.

On se repose un peu avec l'intéressant Blood Hunger Doctrine, plus lent, reposant sur les violons et des rythmes à la limite du doom et du heavy. Le piano ne cesse d'intervenir, fil conducteur de ce curieux morceau hanté par une douce folie. Bon, attention, ce n'est encore pas prêt à passer sur les ondes radios...

Un nouveau titre chanté (hurlé ?) en norvégien s'engouffre telle une violente tempête dans la pièce dès que commence la septième piste dont je me refuse à retranscrire le titre (c'est compliqué le norvégien !). Du costaud, guidé cependant par l'orchestre et tempéré par la voix de Vortex, qui fait ici une bien belle intervention.

Un truc bizarre se passe avec Cataclysm Children, puisque le morceau commence avec un riff et une batterie typiques du thrash metal ! On dirait du Kreator ! Rapide, très rapide ce brulôt ! Et c'est rempli de breaks et de cassures de rythmes. Ne serait le hurlement de Shagrath, on pourrait se croire ailleurs. Et j'adore l'intervention habile du piano, qui accompagne la voix trafiquée du chanteur. 

La piste suivante, Eradication Instincts Defined, est le deuxième morceau le plus imprégné par la marque de l'orchestre. Il faut attendre près de deux minutes ressemblant à une musique de film avant que l'orage de se déchaîne à nouveau. C'est extrêmement violent, mais il est difficile de ne pas trouver cela beau ! C'est là toute la force de Dimmu Borgir, qui réussit à séduire malgré la barbarie de ses propos. Les hurlements de Shagrath sont ici plus inspirés que jamais. Il s'époumone ici comme le soufflet d'une forge de l'Enfer !

Pour le morceau suivant, j'ai déjà parlé de son intro guerrière, toute en bruitages désespérement humains, dans ce qu'ils ont de pire. On parle ici de guerre, et pas de finasserie en ce lieu ! Près de 9 minutes apocalyptiques vous attendent et il sera difficile de traverser ce no man's land sans dommage. Belle guitare soliste de Galder. La voix de Shagrath y est trafiquée au possible, "industrialisée", comme l'est devenue la guerre depuis la fin du XIXème siècle.

Heavenly Perverse commence sur le croassement inquiétant de corbeaux de mauvais augure, ceux qui rôdent sur le lieu des carnages. Acoustique au départ, tout devient vite électrique et plombé, lourd à souhait. Nouvelle intervention d'Abbath, histoire de refroidir l'ambiance, avec ce morceau plus black dans l'esprit, qui pourrait d'ailleurs sortir tout droit d'un ancien album d'Immortal, la production en plus. Les choeurs y sont discrets mais grandioses, et l'on se rappelle alors que l'on est toujours sur le domaine de Dimmu Borgir, celui qui mêle si bien le froid et le chaud.

Pour se replonger dans les racines du Mal, et pour les heureux possesseurs de l'édition limitée, on finit en beauté sur une reprise de Bathory, Satan My Master, rapide (2 minutes) hommage sur lequel Shagrath et Barker hurlent et frappent comme jamais, la guitare quant à elle étant mise à la torture sur un solo proprement infernal. Mais avec un titre pareil, à quoi s'attendre d'autre ?

Pour terminer, revenons sur le livret, celui de l'édition limitée : il est vraiment bien conçu, avec une pochette s'ouvrant d'abord en deux sur un tableau saisissant : celui d'un ange ténébreux nous intimant du doigt le silence alors qu'il jonche une montagne d'ossements humains. A l'intérieur, chaque membre du groupe s'est essayé à un cliché personnalisé qu"il vaut mieux ne pas mettre devant n'importe quelle paire d'yeux. Femmes et enfants pourraient bien partir en courant !

 

Pour ma part, le groupe a atteint ici son sommet, ce qu'il a fait par la suite ne le faisant que sombrer dans un cliché que je trouve regrettable. Mais nul doute que le géant norvégien n'a pas dit son dernier mot !

 

Bonne écoute ! 

 

Stéphane DELURE

 

 

 

Publié dans Black metal

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