Heaven and Hell - Black Sabbath

Publié le par Mordhogor

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1980. Changement de décennie. Black Sabbath règne depuis plus de 10 ans, avec déjà huit albums entrés depuis dans la légende, sur le monde du heavy rock. La page Ozzy Osbourne est tournée et le Sabbat Noir prend le risque de changer d'orientation musicale. Attention, hein, on ne parle pas ici d'évolution vers le style hard-disco, genre auquel les ricains de Kiss viennent de céder ! Le heavy metal teinté d'ésotérisme et braillé par la voix nasillarde au timbre si particulier du frontman qui n'avait pas encore mangé de chauves-souris perd de sa lourdeur et devient épique avec l'arrivée du charismatique Ronnie James Dio, tout droit sorti des rangs du groupe culte Rainbow.

Le pari était osé tant la différence de style était énorme entre les deux performers. L'un (Ozzy) est instinctif, souvent à la limite de la fausse note, quand l'autre (Ronnie) est émotionnel, doté d'une technique impressionnante. Et voilà, trente ans après la sortie du disque, le constat est flagrant : les huit titres enregistrés par le nouveau quatuor sont bel et bien huit chefs-d'oeuvre incontestables, du metal bien sûr, mais plus largement du rock tout court, et c'est ce qui fait toute la différence avec l'autre line-up, plus radicalement heavy ! Donnez-moi un burin et je vais tout de suitegraver ces titres sur un monument de marbre ! C'est simple, il s'agit selon moi de l'un des tout meilleurs albums jamais produits dans l'univers du rock. Vous vous dîtes que je n'y vais pas avec le dos de la fourchette (je préfère ces dernières aux cuillères) ? Alors c'est que vous n'avez pas encore écouté la rondelle. Tout est parfait dans ce disque, sauf peut-être une chose : le combo de Birmingham aurait dû profiter du changement de frontman et de direction pour prendre le nom qui est désormais le sien depuis la reformation de 2009 : Heaven and Hell. Ceci s'imposait tant la chanson éponyme que je vous ai mise en écoute a créé un style et pris le rang de véritable symbole à ranger à côté du classique de Led Zeppelin, Stairway to Heaven. Rien de moins.

Le lutin new-yorkais a apporté au groupe sa voix phénoménale qui, trente ans après, n'a rien perdu de sa force. Puissance, justesse, voilà les termes qui définissent le mieux ce formidable artiste, qui reste à près de 70 ans l'une des plus grandes voix du metal et l'un des meilleurs frontman qui soient.

Et en plus d'interpréter à merveille les huit perles qui composent l'album, le sieur a eu l'insigne honneur d'en écrire les textes, prenant la place d'un Butler trop heureux de céder sa place à ce poste. Et le bonhomme a du talent en la matière, arrangeant les mots comme pas un, même s'il vaut mieux pour l'apprécier aimer les "Kings and Queens", "Dragons" et autres "Knights", c'est à dire le vocabulaire Sword and Sorcery, typique chez Dio. Les textes vont épouser avec une facilité toute naturelle les morceaux épiques nés de l'imagination fertile de l'ensemble du groupe, dominés par la patte inimitable et très inspirée du guitariste-leader Tony Iommi.

Dio-Ward-Butler-Iommi, voilà une véritable formule magique selon moi.

Dès les première notes et lignes de chant de Neon Knights, on sent que quelque chose est en train de se passer. Pas le temps de respirer, le titre est court, concis, le refrain imparable avec des paroles devenues cultes instantanément. L'osmose est parfaite, d'entrée de jeu. La classe !

Avec Children of the Sea, on touche à ce que Sabbath n'avait pu faire jusqu'ici du fait des limites vocales d'Osbourne (si, il faut bien le dire !) : un titre épique transcendant son sujet et transmettant une formidable émotion ne manquant pas de toucher l'auditeur le plus blasé. Le son heavy du groupe y côtoie la grâce totale et le morceau délivre les secrets d'un mariage étonnant.

Lady Evil est beaucoup plus léger, bien qu'il s'ouvre sur formidable intro de basse grondante (bravo Butler !) et nous donne de furieuses envies de taper du pied tout en bougeant la tête du haut vers le bas (exercice de base du hardos lambda).

Heaven and Hell, c'est le titre fleuve qui prend des allures dantesques une fois joué sur scène, s'étirant à l'infini en offrant à chaque instrument l'occasion de briller entre deux performances vocales. Ah, la montée en puissance de la batterie ! Ah, la gratte de Iommi ! Et écoutez le fameux "Fool, fool !" de Dio, encore repris aujourd'hui par nombre de compositeurs/disciples (Axel Rudi Pell, au hasard !).

Wishing Well marque par son rythme effréné et par l'infatigable jeu de Ward qui martèle ses fûts comme un damné du début jusqu'à la fin.

Et que dire de Die Young, si ce n'est qu'il s'agit d'un autre grand, très grand classique du groupe ? Tout commence par une intro à pleurer de Iommi qui nous file des frissons avant que la batterie ne s'ébranle. Tout va vite ensuite, très vite avant le ralentissement tout en émotions du milieu de morceau, et tout repart encore très vite, soulignant l'urgence de vivre et la nécessité de profiter de chaque instant avant que ne vienne le destin inéluctable de chacun. C'est encore plus beau en live, avec des passages instrumentaux qui s'étirent à l'infini pour notre plus grand plaisir.

Walk Away remet la basse en avant et impose le style talentueux du discret Butler. C'est bourré de vie et la voix de Dio sublime un titre qui serait peut être passé inaperçu ailleurs.

Et enfin, Lonely is the World, qui clôt l'album sur un air de nostalgie profonde étalé sur près de six minutes. Vraiment très beau.

Conclusion : un disque d'anthologie. C'est simple, on dirait un best-of ! Les morceaux sont de plus intelligemment placés, alternant les rythmes musclés avec les passages plus progressifs. Un véritable régal.

Suivra l'année d'après un autre classique du groupe, Mob Rules, puis Black Sabbath avec Ronnie au chant s'éteindra pour se rallumer en 1992 avec le mésestimé Dehumanizer, s'éteindre encore avant le formidable retour du quatuor sous le nom d'Heaven and Hell (enfin !), avec le formidable album The Devil You Know !!! Et dire que j'avais mon billet pour les voir à Toulouse et que le concert a été annulé, faute de réservations décentes ! Minables les fans français sur ce coup-là ! Vous méritez que Ronnie vous fasse le signe du cornu !

Ah, et n'oubliez pas aussi les trois inédits impressionnants composés en 2007 pour la compil The Dio Years !!! Ecoutez donc Ear in the Wall et pleurez dans les jupes de vos mères !

Allez, je le repasse encore une fois....

 

Et lavez-vous les oreilles avant d'écouter un tel chef-d'oeuvre !

 

Stéphane DELURE

 

Publié dans Heavy metal

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