La Peur Qui Rôde - Howard Phillips Lovecraft/Romain Fournier

Publié le par Mordhogor

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Voilà ! Enfin ! Ma première chronique de mon auteur favori, Howard Phillips Lovecraft, HPL pour faire sobre !

Je vous ai mis en fond sonore un long morceau de Catacombs, tiré de l'album In The Depths of R'lyeh, qui devrait je l'espère vous mettre mal à l'aise à souhait...

Comme vous le savez tous puisque vous avez cliqué sur cette page (ou alors, c'est que vous êtes fan de moi...), Lovecraft est un auteur devenu culte avec le temps, né à Providence, Rhode Island, en 1890, et mort beaucoup trop tôt en 1937, d'un cancer de l'intestin ressemblant étrangement, bien qu'en plus petit, aux horreurs qu'il décrivait.

La nouvelle chroniquée narre les aventures d'un étrange amateur d'émotions fortes (il n'est jamais dit ce qu'il fait réellement, comme souvent dans les nouvelles d'HPL), qui tente de résoudre le mystère entourant la demeure des Martense, illustre et ancienne famille issue de la Nouvelle-Amsterdam (la future New-York), ayant vécu dans la haine de la civilisation britannique. La sinistre masure se trouve perchée au sommet d'une sombre colline régulièrement frappée par de violents orages. Elle est abandonnée depuis longtemps, ses occupants ayant un beau jour étrangement disparu, et une mort hideuse frappe la campagne environnante, dépeuplant dans le mystère et le sang des villages entiers. Le titre est court mais éprouvant. Plus qu'une histoire d'épouvante fort bien construite, même si la fin est extrèmement classique chez l'auteur, Lovecraft nous offre ici la forme fantasmée de ses obsessions les plus sombres. Il s'agit de phobie plus que de peur, de fascination plus que de répulsion, les deux se mêlant alors qu'ils ne le devraient pas. Souffrant du vertige, c'est comme si je vous décrivais mon obsession (elle existe réellement) à monter au sommet de phares et tours élevés, passant par le détail douloureux de l'ascension et de l'effet qu'elle procure sur mon corps, avant de vous montrer l'horreur que mes yeux contemplent en haut de l'édifice alors que beaucoup n'y voient qu'un magnifique point de vue). Ici, HPL étale son obsession des campagnes sombres, peuplées de races dégénérées. Là où la majeure partie des gens sains d'esprit ne voient que paysages bucoliques, lui ne voit qu'amas de racines tordues, poutres vermoulues et granges sur le point de s'effondrer dans des miasmes putrescents. L'aventurier sans nom de la nouvelle, c'est Lovecraft lui-même, qui partait souvent dans la campagne aux alentours de Providence à la recherche de ces sites étranges témoins du déclin de ce que bâtirent les  colons britanniques. Il ne possédait pas d'automobile mais profitait dès que possible de celles que conduisaient les plus chanceux de ses amis (l'auto était un luxe dans les années 20 !).

La construction de la nouvelle est imparable et le ton monte peu à peu vers l'horreur la plus sombre, passant par des détails vraiment sanglants (les restes du village attaqué me font vraiment frémir). Le catalogue de l'épouvante défile et nous délivre les images des éternelles collines maudites, de la végétation envahissante et corrompue, des éclairs dans le ciel illuminant de sombres bâtisses un soir d'orage, de la marche dans les couloirs dépourvus de lumière d'un tunnel antédiluvien peuplé de monstres entraperçus pratiquant le cannibalisme. L'atavisme guettant les grandes civilisations est une phobie chez Lovecraft, cette nouvelle en est une perle d'illustration.

Cette nouvelle, je dois la posséder en une dizaine de versions, enfermée dans l'écrin d'éditions différentes, américaines ou françaises. Et si je chronique cette nouvelle, c'est pour l'impardonnable raison que je viens d'en acquérir une toute nouvelle édition, originale car mêlant le texte à un support visuel, osmose parfaite entre le graphisme, le maquettisme et la photographie. L'initiative ne se contente pas d'être intéressante sur le fond mais s'avère complètement réussie dans la forme. Le travail plastique réalisé par Romain Fournier, artiste parisien, s'imbrique totalement dans l'univers sombre du Maître de Providence.  La photographie sépia rappelle l'atmosphère angoissante des jeux de rôle qui ont marqué des générations de gamers (merci Chaosium !), pour tous ceux bien sûr dont les souvenirs réels ou cinématographiques ne remontent pas aussi loin (vous en connaissez beaucoup des plus que centenaires ?). L'absence de couleurs cache dans l'ombre ce qui doit y rester, encourageant l'avènement de cet indicible cher à Lovecraft qui par définition refute toute description précise et se veut par conséquent une réfutation de l'art photographique. Je rêve désormais de la forme filmée qu'un tel travail pourrait donner, mais je me dis que tout fantasme est meilleur tant qu'il n'est pas vécu. Les créations graphiques et autres croquis rajoutent à l'aspect journal de bord qui peuvent être un nouveau point de vue intéressant pour appréhender la nouvelle et en renfocer l'impact.

Pour tous ceux qui veulent en savoir plus sur le contenu de l'oeuvre graphique, voici le lien vers le site de l'artiste : http://www.freaks.montaf.com/index.php?page=galerieinde23

L'achat s'avère pour moi totalement justifié, et m'a permis de retrouver à nouveau ces lignes tant aimées, car s'il est des cauchemars qui me font rêver, ce sont bien ceux de Lovecraft.

 

Bonne lecture,

 

Stéphane DELURE

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