La Secte du Lotus Blanc - Tsui Hark (1992)

Publié le par Mordhogor

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Ayant vu cette semaine la petite merveille qu'est Detective Dee, le dernier film en date sorti sur nos écrans du génial metteur en scène Tsui Hark (j'attends maintenant avec impatience The Flying Swords of Dragon Gate), je me replonge avec délices dans la filmographie fournie du réalisateur hong-kongais.

Aujourd'hui, je me suis intéressé au deuxième volet de sa série Once Upon a Time in China (ce titre à lui seul montre l'ambition de l'oeuvre), série qui comptera 6 films, dont 4 réalisés par Tsui Hark en personne, et qui est à mes yeux le plus réussi de la saga.

Nous sommes en 1895, soit peu de temps avant la Guerre des Boxers (1899-1901), qui opposa une Chine ultra-conservatrice, désireuse de chasser réformes et étrangers, aux puissances chinoises réformatrices et occidentales (Autriche-Hongrie, France, Allemagne, Italie, Japon, Russie, Royaume-Uni et Etats-Unis), période illustrée par le film de Nicholas RayLes 55 Jours de Pékin.

Le docteur Wong Fei Hung, interprété par Jet Li - qui jouera le rôle à 4 reprises, cédant sa place à Chiu Man Chuk sur les volets 4 et 5 -, représente une Chine conservatrice et naïve, désireuse de s'élever au dessus des conflits et de maintenir la paix. Ses penchants le pousseront à défendre la démocratie montante, même si son coeur le pousse à défendre dès qu'il le peut la tradition chinoise (d'une manière pacifique).

Accompagné de son disciple Leung Fu (Yuen Biao, un peu moins foufou et maladroit que dans le premier volet) et de celle qu'il aime en secret, Tante Yee (Rosamund Kwan, image de la Chine moderne qui s'ouvre à l'Occident), le bon docteur se rend à Canton pour participer à une conférence scientifique sur les rapports entre médecine chinoise et occidentale.

Il rencontre une ville en proie à la terreur et à la haine des étrangers, sous haute influence de la Secte du Lotus Blanc, un groupement religieux nationaliste et fascisant qui idéalise un grand-maître invincible dont les artifices seront démontrés à la fin du film.

Bien malgré lui, Wong Fei Hung va se retrouver au coeur d'une intrigue opposant les partisans de la démocratie naissante (qui s'imposera en 1912 avec la chute de la dynastie Qing), menés par Sun Yat-sen (futur fondateur de la première république de Chine), aux terroristes de la Secte du Lotus Blanc et aux alliés que ceux-ci comptent parmi la hiérarchie militaire chinoise (le terrible préfêt interprété par un Donnie Yen en très grande forme).

Le film ne se concentre plus sur la présentation des personnages (ne se nécessitant dans le premier film uniquement pour le public occidental puisque le docteur Wong Fei Hung a connu plus d'une centaine d'aventures cinématographiques, pour la plupart interprétées par un seul et même acteur, Kwan Tak Hing), et s'allège de la vingtaine de minutes qui allourdissait à mon goût le premier volet. Exit également la flopée de disciples caricaturaux qui tiraient certains moments du précédant film vers une comédie à l'humour très cantonais qui rendait le film un peu bancal à des yeux d'occidentaux.

La tension est beaucoup plus palpable et le métrage nous permet d'admirer des personnages assez charismatiques : le maître de la Secte (Hung Yan Yan, le futur Pied-Bot qui incarnera un des plus fidèles élèves du docteur, et surtout la future étoile menaçante de The Blade, le chef d'oeuvre de Tsui Hark) et le préfêt, joué par le terrible commandant Lan (Donnie Yen), dont la technique de combat avec un drap mouillé vous fera trembler !

Les occidentaux sont ici relegués au simple rang de victimes, alors qu'ils étaient menaçants et vindicatifs dans le premier film. Ils se trouvent en plein milieu d'un conflit qui voit s'affronter la Chine conservatrice et celle qui désire aller de l'avant, prête à sacrifier ses traditions, réfugiés au sein d'un consulat qui sera mis à feu et à sang.

Jet Li se veut plus aérien que jamais, bondissant et invincible, qu'il se serve de ses poings, d'un baton ou de son célèbre parapluie. Les chorégraphies modernes de Yuen Woo-Ping s'allient au désir de Tsui Hark de dépasser le carcan réaliste dans lequel se débattait le cinéma d'arts martiaux jusqu'alors. Et c'est bien à une Nouvelle Vague que nous nous heurtons de plein fouet ; et Jean Pierre Dionnet, qui présente le film, le souligne bien en montrant le film comme une oeuvre de genre, au scénario balisé, filmé par un Godard, Tsui Hark prenant ici toutes les libertés que sa fertile imagination lui permet. L'utilisation des câbles rend les combats volontairement surréalistes et sublime les scènes d'action, accompagnant une caméra en perpétuel mouvement (nous sommes ici très loin des plans larges et un peu figés de la Shaw Brothers, école que j'adore cependant !!!).

Wong Fei Hung est autre chose qu'un éternel garant de la lutte entre le bien et le mal. Il est un homme maladroit qui commet des erreurs (un peu moins que dans le premier film cependant, comme si la fréquentation de la moderne Tante Yee le dégourdissait un peu). Il évolue au sein de faits qui le dépassent et auxquels il apporte son sens de la justice, tiraillé par les forces qui le poussent cependant à défendre dès que possible ses traditions (ce n'est que dans le cinquième volet qu'il daignera utiliser, ô sacrilège, une arme à feu !).

Le film d'action devient subtilement film politique, montrant l'aspect révolutionnaire et pamphlétaire qui marque nombre des films du Spielberg chinois.

Les scènes d'action ne sont bien sûr pas en manque, avec notamment un impressionnant combat au coeur de la Secte du Lotus Blanc, qui se veut un véritable défi à la pesanteur et aux lois de l'équilibre. Les deux combats qui opposeront Jet Li à Donnie Yen, et surtout celle de la fin (la première n'étant qu'un test, sans véritable enjeu), sont pleinement réussis et composent des scènes d'anthologie que tout fan d'arts matiaux peut se passer en boucle sans risquer autre chose qu'une crampe à la mâchoire ouverte trop grand pour cause d'ébahissement.

Il y a même une très belle scène en ombres chinoises (comme dans le premier), qui souligne, contrairement au cinéma de Michael Curtiz, la force des sentiments plutôt que celle de l'action.

Voilà en bref de quoi passer un excellent moment de cinéma, un brin de reflexion saupoudrant un merveilleux film d'action.

 

Bon film !

 

Stéphane DELURE

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Grissom 09/06/2011 20:45



On en a vu un mais je dois avouer ne plus trop me rappeler mis à part effectivement ces scènes de vol totalement surréalistes....



Mordhogor 09/06/2011 19:24



Merci Grissom (mais qui cela peut-il bien être ???) Il faut absolument que tu voies ce film ! Mais je pense que nous l'avons vu il y a des siècles de cela !



Grissom 09/06/2011 18:39



Cher Mordhogor vous troussez fort bien vos articles, à part ça j'ai du mal à parler d'un cinéma que je connais assez peu...mais ça donne envie d'en voir...