Lair - John Debney (2007)

Publié le par Mordhogor

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Attention, ceci pourrait bien être la plus belle de toutes les musiques de films jamais composées ! Et pourtant, il ne s'agit "que" de l'habillage musical d'un jeu vidéo, Lair, jouable sur PS3 et au travers duquel vous entrez dans un univers de fantasy en vue de défendre votre royaume et mener des combats aériens montés à dos de dragon dignes des plus folles envolées spatiales de la saga Star Wars.

Il est bien connu que depuis quelques temps déjà, les cinématiques des jeux sont de plus en plus impressionnantes et proches des grandes productions d'Hollywood, annonçant un avenir cinématographique dans lequel il sera difficile de faire la part des choses entre réel et imaginaire.

Il était bien normal que ces jeux bénéficient d'autres atouts les rapprochant encore un peu plus de l'univers du cinéma, du vrai, et c'est ainsi que la musique du jeu Lair fut confiée aux soins du très talentueux John Debney, accompagné pour l'occasion du London Symphony Orchestra. Talentueux mais hélas mésestimé. Car peu de productions d'envergure lui ont confié jusqu'ici un travail intéressant, l'homme étant surtout perçu comme un faiseur plutôt que comme un véritable créateur, dénué d'une véritable personnalité.

Je rappelle ici aux amateurs qu'il a tout de même réalisé à mon sens l'une des plus belles musiques de films jamais composées, celle du blockbuster qui a hélas coulé un studio en 1995, L'Île aux Pirates (Cutthroat Island), une musique emplie de rythmes gorgés de panache et de thèmes séducteurs dans laquelle il tirait toute sa force d'un orchestre au meilleur de sa forme, plein de choeurs et de cuivres. On lui doit aussi les scores de La Passion, de Mel Gibson, et plus récemment de Predators, dans lequel il avait la lourde tache de succéder à Alan Silvestri. On peut citer aussi Iron Man 2, ainsi que la belle musique du méconnu (à juste titre, il faut bien le dire) Dream House, film de Jim Sheridan.

John Debney est un homme qui connait son métier, et surtout maîtrise l'art de ceux qui l'ont précédé. Car il est juste de dire que si j'ai carrément craqué sur le score de Lair, c'est en grande partie pour l'hommage voulu que Debney rend ici à ses ainés, et il est juste aussi de citer ici, Miklos Rozsa, John Williams, James Horner ou encore Jerry Goldsmith. Il ne s'agit point d'une oeuvre chorale, mais d'une oeuvre qui pourrait s'entendre comme "d'inspiration chorale".

Le tout nécessitait cependant pour donner corps à l'ensemble un talent indiscutable, talent que l'homme heureusement possédait.

Factor Five, studio qui a développé Lair, a eu la bonne et singulière idée de donner carte blanche à John Debney, ce qui encouragea notre homme à se lâcher et donner le meilleur de lui-même.

De l'épique, le jeu l'encourageait, et de l'épique, le compositeur allait nous en donner !

Les 26 morceaux qui forment la bande originale du jeu composent un ensemble approchant les 70 minutes de pur bonheur. Pas moins de 12 morceaux - soit presque la moitié du score -, concernent des pièces d'action dans lesquelles le mot "épique" est devenu une seconde peau. Pas moins de 6 thèmes parcourent l'oeuvre, se déclinant ensuite en variantes inspirées au gré des péripéties suivies par... le joueur.

Le plus beau de ces antiennes reste pour moi Darkness Theme, dans lequel s'élève la voix sombre et vibrante d'émotion de Tanya Tsarouska, suivie par les choeurs de l'Orchestre de Londres. Nous sommes plongés avec elle dans les ténèbres les plus inquiétantes qui soient et ressentons toute la noirceur du Mal que nous allons devoir affronter.

Pour les influences, j'ai cité Miklos Rozsa. On retrouve sa marque sur Funeral Pyre et Civilization Theme, qui nous renvoient aux scènes les plus poignantes du célèbre Ben-Hur. L'émotion et les charmes de l'orient sont ici bien palpables. Je trouve aussi sur ce brillant Civilization Theme une forte influence de James Horner, les accents de son Masque de Zorro se faisant plus que flagrants sur la deuxième partie du morceau. L'empreinte de Rozsa y reprend ses droits sur les tout derniers instants.

L'influence la plus marquante reste cependant celle de John Williams, et j'insiste ici pour dire qu'il s'agit bel et bien selon moi d'un hommage, et non pas d'un trop simple et flagrant plagiat. Certains critiques ont même jugé le travail réalisé par Debney supérieur à ce que Williams a su réaliser lui-même sur les musiques de la dernière trilogie Star Wars, comparativement à ce qu'il avait su faire sur la première trilogie ou sur d'autres oeuvres de style proche telles que la série des Indiana Jones.

Ecoutez Diviner Battle, et vous croirez vous retrouver en pleine Revanche des Sith, avec ces cuivres hallucinants et ces violons donnant une aura sombre au tout. Magnifique !

Savourez les morceaux épiques que sont Blood River, le vénéneux Serpent Strait, Firestorm ou bien encore Deadman's Basin, tous emplis de l'influence des Williams de la première époque ou encore de James Horner (Avatar pourrait être cité s'il n'était sorti que deux ans plus tard ! On peut alors se demander qui influence qui alors ?), mais emplis de la fougue toute personnelle que Debney a su leur apporter. Il y a aussi indéniablement du Jerry Goldsmith, celui de la série des Star Trek (les films !).

Petit moment de finesse, qui montre que le jeu laisse à ses adeptes le temps de s'immerger dans un monde fait de violence, mais aussi de paix, le sublime Mokai Theme, dans lequel brille encore, cette fois-ci en douceur, la voix de Tanya Tsarouska. Suivront dans la même veine deux morceaux bercés de très beaux choeurs décrivant le retour dans la ville de Mokai. On imagine sans peine un royaume fabuleux à l'architecture fantastique, mais aussi l'émoi que peut provoquer la réalisation de ce voyage arrivé à son terme. Sur le second theme consacré au retour dans la ville, on sent l'empreinte de l'Howard Shore du Seigneur des Anneaux, magnifiant ce retour d'une menace latente que soulignent des choeurs vraiment grandioses. Dans le court morceau qui suit, intitulé Ruins of Mokai, on devine sans peine ce qu'a révélé ce retour : destruction et désespoir. La musique en quelques notes décrit des sentiments très forts.

Un regain de bravoure revient avec le superbe et guerrier Bridge of the Ancients. Sa fanfare emplie de revanche promet avec solennité que tout se terminera dans le sang.

Les pistes 23, 25 et 26 (les deux dernières n'ayant dû être incluses que comme des bonus, puisqu'elles décrivent des batailles visiblement passées) sont d'épiques morceaux fort réussis.

L'Epilogue (piste 24 et normalement dernière du score) clôt le tout en beauté, la voix somptueuse de la soliste venant reprendre le thème principal avec une certaine mélancolie teintée de force, pour saluer la victoire, mais aussi le sort tragique de ces héros tombés au combat.

Je suis totalement séduit, vous l'aurez compris, par cette oeuvre ambitieuse, digne de donner bien du travail à tous les amateurs de musiques de films, même si en fin de compte il ne s'agit "que" d'une musique de jeu.

L'oeuvre est vraiment de toute beauté, et l'IFMCA (International Film Music Critics Association) ne s'y est pas trompée en lui décernant une récompense : l'award de la meilleure musique pour un jeu vidéo.

Il est juste de se pencher vers cet univers qui révèle de véritables perles de musiques, jouées autrement que sur de simples moniteurs. je pense notamment au travail réalisé sur la série World of Warcraf, que je prend toujours plaisir à écouter, avec ses nombreux et magnifiques thèmes, typiques des "civilisations" rencontrées, et aussi,plus récemment au superbe ouvrage composé pour Star Wars, The Old Republic, autre MMORPG à succès, notamment pour les thèmes baignant l'intrigue des joueurs ayant choisi le côté Empire, vraiment sublimes et sans rien devoir à John Williams.

Mon gros regret concernant la musique de Lair reste que son support n'existe que sous l'aspect numérique, son indéniable qualité nécessitant à mon sens l'effort d'une édition décente.

 

Sur cette triste note (allez, pas tant que ça, puisque j'ai réussi à me procurer l'oeuvre !), je ne saurais que trop recommander aux amateurs de musiques de films de jeter plus qu'une oreille attentive sur ce véritable bijou ! En cadeau, je vous offre en écoute Darkness Theme. A vous faire dresser les cheveux sur la tête !

 

Bonne écoute,

 

Stéphane DELURE

 

Publié dans B O F

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