Lullabies for the Dormant Mind - The Agonist (2009)

Publié le par Mordhogor

 

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Dieu que la pochette est belle ! Poétique, onirique aussi bien qu'inquiétante, elle laisse imaginer un contenu atmosphérique, voire ambiant. J'entends déjà une voix lunaire étalée sur une musique lente et répétitive, parfaite pour s'endormir de façon hypnotique et rejoindre les rives de l'imaginaire.

Et bien heureusement que je n'ai pas acheté le disque au vu de ce que la pochette m'inspirait, car les premières secondes d'écoute auraient été bien dures à digérer !

Et ne vous fiez surtout pas à l'adaptation fantomatique et a capella du célébrissime Lac des Cygnes de Tchaïkowsky que je vous offre en écoute. Je n'ai point fait cela pour vous duper, mais tout simplement pour vous montrer toute l'étendue du talent de la chanteuse, Alissa White-Gluz, qui sait se faire lyrique et pas seulement hurleuse, ainsi que l'habileté des musiciens à s'approprier le célèbre morceau pour en faire une oeuvre lunaire, plus proche de l'univers de Tim Burton que de celui du compositeur russe.

Mais attention, le reste de l'album est d'un tout autre acabit !

J'ai foncé sur l'album après avoir découvert la délicieuse canadienne dans le clip de Kamelot, Sacrimony (Angel of Afterlife), dans lequel elle incarnait un sensuel démon hurlant sa rage aux oreilles de malheureux enfants responsables de la mort de leur soeur. La belle m'avait impressionné dans un registre peu conventionnel dans le metal chez la gente féminine (oui, je sais, il y a Angela Gossow d'Arch Enemy, et je reconnais que c'est une vraie tueuse ainsi qu'une sacrée frontwoman !!! Il faut la voir et l'entendre hurler devant une armée composée de milliers de fans en délire - en festival, c'est encore mieux - pour comprendre de quoi je parle ! Ahhh, ce We Will Rise !!!).

La première écoute est assez déroutante, car l'auditeur est plongé dans une oeuvre complètement schizophrénique, dans lequel la chanteuse se dédouble, se triple, voire se quadruple, pour hurler tantôt façon death metal, tantôt black metal ou tout simplement metalcore avant de tempérer le tout par une voix claire d'une singulière beauté, qui sait monter jusqu'au degré du lyrique déjà évoqué.

Les instrumentations sont dans un premier temps noyées par la voix d'Alissa, qui semble tout emporter sur son passage, le tout ne semblant que pure rythmique assez brouillonne.

Il y a de tous les styles dans ce disque, death et black se mêlant dans l'univers du metalcore, qui pour le rappel est un mélange de punk et de thrash metal né en réponse au thrash de la fin des années 80. Nous sommes ici confrontés à l'une de ses tendances les plus brutales, même si ce n'est pas encore du grind, ce que personnellement je ne supporterais pas.

Puis il y a à la fin de l'écoute cette indéfinissable envie de s'y replonger, car l'on sent au fond de soi que l'on est passé à côté de quelque chose, dérouté peut-être par la fougue de la bête.

Je recommande le casque pour cette seconde écoute (si vous tentez cette expérience la première fois, baissez bien le volume, car vous risquez la surdité ou tout au moins un sacré mal de crâne !), afin de bien vous immerger dans ce qui est un disque-univers, ni plus ni moins.

Pour ce qui est de la trame de fond générale, de l'ambiance, il y a bien du Burton là-dedans, et du Lewis Carroll aussi (il est vrai que le premier a adapté le second, donc ça se tient), et l'on a l'impression à l'écoute de découvrir une version déjantée d'Alice au Pays des... Cauchemars. C'est un monde particulier, qui ne semble appartenir qu'au quintet canadien. Au fil des notes, on voit se dessiner un paysage étrange, peuplé de créatures et de bâtiments biscornus, d'objets bizarres et de poupées cassés, le tout baigné dans la lueur bleutée de cette lune aux yeux tristes et curieux qui nous regarde, pauvres rêveurs que nous sommes.

On remarque peu à peu l'incroyable travail du batteur, qui joue sur des tempos rapides marqués par de violentes cassures de rythme. Pareil pour la guitare, qui réalise un travail aussi étrange, tout en distorsions. Par moments, l'ensemble s'engage sur le chemin du death metal progressif, ou ressemble soudain à du Meshuggah (en moins brillant et chaotique, il est vrai). Il y a de simples mais brillants solos, écoutez Globus Hystericus !!! Et le piano/clavier vient rajouter au bizarre de l'ensemble, par justes touches discrètes. Toutes ces remarques pour dire que l'ensemble est beaucoup plus technique et travaillé qu'il n'y paraît de prime abord.

Et que dire de la fougue d'Alissa White-Gluz, ! La belle chanteuse aux cheveux mauves emporte les suffrages haut la main, et il est difficile de penser que de tels hurlements sortent d'une si belle gorge. Death, black, metalcore, voix claire et lyrique, elle mélange et module le tout avec une aisance déconcertante. Sur  Thank You Pain, single de l'album, ses vocaux death rageurs se mêlent à un style de chant clair qui me rappelle fortement celui de Gwen Stefani, la chanteuse de No Doubt, avec cette façon si particulière de moduler ses harmonies vocales justement. Comparaison qui ne me paraît pas fausse tant l'univers de Gwen Stefani est lui aussi si particulier (en beaucoup moins torturé tout de même). Je retrouve ce style de chant sur le bizarre Waiting Cut the Winter. Je vous mets aussi en écoute disponible ce Thank You Pain, afin que vous compreniez mieux de quoi je parle.

Des choeurs fantomatiques peuplent l'opus, comme sur Martyr Art, renvoyant l'oeuvre à l'univers onirique auquel elle semble appartenir, oeuvre caressée de temps en temps par des accords de guitare acoustique.

Personnellement, j'accroche véritablement aux variations proposées par la canadienne et ses comparses. Globus Hystericus est pour moi une véritable réussite, comme Thank you Pain ou le morceau d'ouverture, The Tempest (The Siren's Song : The Banshee's cry), ce dernier séduisant par ses influences orientales. Quant au Swan Lake déjà évoqué, il me transporte en un pays de magie sombre, offrant un doux repos entre les vagues furieuses au sein desquelles il repose, tel un ilot enchanté, cerné de brumes inquiétantes.

Les deux morceaux suivants reprennent les choses sur les chapeaux de roues ! La batterie s'accélère dans des blast-beats rageurs, entrecoupés de moments plus tarditionnels, formant un délicieux duo avec la chanteuse qui, sur When the Bough Breaks, va atteindre des aigus façon black metal que ne renierait pas un certain Dani Filth. Mais, mais,... comment fait-elle ???

Chlorpromazine - qui, entre parenthèses, est le nom du premier médicament antipsychotique, qui permettait de traiter les schizophrènes : tiens, quand je vous le disais !!! - termine l'album en "beauté" si je puis-dire, tant il se veut la somme de ce qui précède. Tous les types de chants s'y mêlent, c'est bourré de ruptures de rythmes, empli d'effets bizarres et totalement dépourvu de repère couplet/refrain. Cette dernière remarque est d'ailleurs bien la marque de fabrique de l'album, et celle qui risque en rebuter plus d'un à l'écoute, car sans ces balises traditionnelles, l'auditeur est parfois perdu, surtout lorsqu'il se retrouve bousculé en tous sens au sein d'une tempête aussi violente ! Mais c'est tout ce qui en fait selon moi le charme indéniable.

Voilà un album qui met du temps à révéler sa magie, sa secrète alchimie, et qui donne envie de se plonger sans retenue dans le nouvel opus sorti récemment (Prisoners, 2012), et qui s'avère apparemment encore plus réussi !

 

Vous l'aurez compris, j'adhère totalement ! Je vous souhaite le même plaisir que celui que j'ai éprouvé, mais aussi un certain courage, car tout cela est bien tordu !

 

Bonne écoute !

 

Stéphane DELURE                                                                Alissa 03

 

   

 

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