Lupus Est Homo Homini - Camille Montrose (2009)

Publié le par Mordhogor

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Plaute, le plus célèbre des comiques latins et père de l'ironie comique, dans son texte La Comédie des Anes (Asinaria), introduisit pour la première fois cette locution, "homo homini lupus", qui signifie que "l'homme est un loup pour l'homme". Vision pessimiste de l'humain montré comme un animal mauvais et instinctif, cette phrase représente en philosophie l'image des travers les plus négatifs de notre espèce. Deux mille ans et des poussières de civilisation n'ont nullement gratté le vernis des instincts du prédateur que nous sommes, et l'humain préfère encore et toujours montrer les crocs plutôt que faire usage de son intelligence.

Camille Montrose se décrit elle-même comme une "sorte de corbeau au teint blafard, [qui s]'abîme dans la contemplation de [s]es contemporains, [s]e délectant de leurs faiblesses, leur perversité et leurs côtés les plus obscurs". Et quand on est originaire de Tiffauges, fief du terrifiant Gilles de Rais, plus connu sous le surnom de Barbe-Bleue, il est  somme toute logique de porter sur ses semblables un regard emprunt de cette noire philosophie.

Au travers de 9 délectables nouvelles, l'auteure va nous coller le nez devant ce miroir un peu sale dans lequel nous reconnaîtrons le voisin d'à-côté ou plus terriblement notre propre reflêt ! Je pense immanquablement à la nouvelle de Lovecraft, The Outsider, qui décrit la lente et douloureuse reptation d'un homme vers ce qu'il croit être la liberté ; arrivé enfin vers la lumière, il voit sans comprendre des individus fuir autour de lui, une terreur sans nom lisible sur leur visage, et lui même pousse un cri d'épouvante, au détour d'un couloir, devant ce qu'il comprend après quelques instants n'être autre que son propre et monstrueux reflêt dans un miroir jauni.

Il y a beaucoup de justesse dans les courts récits qui nous sont proposés et que l'on enchaîne avec fébrilité, beaucoup d'amertume aussi. On devine derrière les mots (Dualité) une certaine difficulté à vivre et trouver sa place dans notre société, une certaine souffrance à faire accepter aux AUTRES sa différence. Avec très peu de mots, Camille Montrose réussit à nous faire ressentir de troublantes émotions, un exercice étonnant qu'elle réussit à la perfection.

Avec beaucoup d'humour (noir bien sûr !), l'auteure observe notre société de consommation, sans jamais se montrer moralisatrice et ennuyeuse. J'ai parfois pensé à cet ironie contenue dans les nouvelles du K de Buzatti, qui dénonçait tant de ces travers coupables dont nous n'avons presque plus conscience et qui s'étouffent dans l'écho de rires gênés. Carpe Diem et sa douloureuse logique nous font ainsi tout d'abord rire, puis finalement frémir dès lors que nous prenons le temps de réfléchir.

La plume de Camille Montrose est ironique, chargée d'une délicate colère se voulant le reflêt de l'adage "Poigne d'acier dans un gant de velours" (c'est bien ça ? J'ai l'mpression que je sais le dire qu'en anglais : "iron fist in a velvet glove". Il faut dire que c'est tellement plus beau dans la langue de Shakespeare !). Elle est aussi d'une remarquable précision, sachant avec une grande économie de mots mettre le doigt là où ça fait mal. C'est d'ailleurs bien à cause de cela que je lui en veux : tout cela est bien trop court et mon esprit masochiste en redemande encore. Je rêve à présent d'un roman noir développant ses intéressantes idées, avec peut-être une solution à la clé pour que nous puissions enfin vivre un peu mieux !

 

Comme accompagnement musical, je vous ai mis Kings of The Carnival Creation,  le morceau de Dimmu Borgir cité dans la nouvelle B Rhésus Positif (nouvelle qui entre parenthèses m'a réellement fait frémir, gothique attitude extrème oblige !). Un vrai brulôt misanthropique qui convient tout à fait à l'ensemble !

 

Bonne lecture,

 

Stéphane DELURE

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