Ne Mords pas le Soleil ! - Tanith Lee (1976)

Publié le par Mordhogor

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Il y a quelques années, j'ai eu l'immense plaisir de découvrir le talent de cet évrivain anglais dont les livres sont malheureusement si difficiles à dénicher en France(70 romans quand même et seulement 22 traduits en France, pour la plupart épuisés depuis longtemps !). J'étais dans ma période "vampires" à l'époque et je me souviens avoir couru comme un damné après les trois tomes de l'Opéra de Sang, avant d'enfin les trouver enfin chez un libraire d'occasions à Toulouse. Je n'étais pas si addict à la toile en ces temps lointains où j'utilisais encore la plume pour échanger quelques petits mots avec Léa Silhol, aux toutes premières heures des éditions de l'Oxymore, l'aujourd'hui défunte maison qui a tant fait pour essayer de communiquer sa passion pour la romancière britannique. Aara, Thenser, La Danse des Ombres (le premier tome de l'Opéra de Sang), de très nombreuses nouvelles ont ainsi été réédités par les soins de l'Oxymore. Il y a eu aussi la réédition récente de l'intégrale de la Saga d'Uasti, chez J'ai Lu. Celle du Dit de la Terre Plate, actuellement chez vos libraires sous la bannière de Mnémos.

Pour trouver Volkhavar, Sabella, Cyrion, ainsi que les deux volumes du Bain des Limbes et tant d'autres encore, il vous faudra chercher avec patience et religion sur le net ou chez vos bouquinistes favoris, et si vous êtes particulièrement chanceux et à l'aise financièrement, vous pourrez même dénicher l'un des très recherchés volumes de la collection Opta.

En fouillant dans mes placards, j'ai réussi à sortir de la poussière ce Ne Mords pas le Soleil !, aux pages déjà presque jaunies. Son petit frère Le Vin Saphir attend patiemment d'être lu, sous nombre d'autres elzévirs.

Totalement bluffé par le style et l'imagination de la romancière sur les romans déjà lus (une bonne partie des oeuvres déjà citées en fait), j'avoue avoir été quelque peu refroidi au bout de quelques pages de ce roman de Science-fantasy, tant le contenu en est... déroutant. Nous sommes plongés dès les premières lignes dans un monde utopique où le rêve est devenu réalité, nonobstant quelques ratés. Les Jang forment une société élitiste totalement versée dans l'hédonisme, la recherche de la tendresse en moins. L'immortalité est de mise et le virtuel est devenu réel. Vous voulez changer de corps ? De sexe ? Vous faire pousser des ailes (attention, elles ne fonctionnent pas très bien, c'est une des limites à travailler !) ? Pas de problème ! Et si les quasi-robots (des presque-humains en fait, car doués d'émotions, eux !) jugent que la période accordée pour profiter de votre présent corps n'est pas encore suffisamment écoulée, il suffit de vous suicider et d'être ressuscité à l'infini sous la nouvelle forme choisie ! Des cheveux dorés ? Une peau itou ? Quatre paires d'yeux ? Aucun souci ! Dans ce monde fou qui possède son propre argot afin de bien souligner son appartenance à un groupe social d'élite, l'apparence est souveraine.

Chaque ligne est un véritable délire qui paraît avoir été écrit sous influence d'hallucinogènes. Et si l'on y ajoute le vocabulaire inventé nécessitant un certain temps d'adaptation, on comprendra qu'il faut un peu de temps avant de savourer ce roman hors normes.

Mais une fois que l'on commence à s'habituer, impossible de lacher le bouquin. On comprend vite que le livre est une satire de notre monde actuel (1976 ou aujourd'hui, c'est pareil !), constamment à la recherche d'un pseudo-idéal qui nous éloigne de ce qui est réellement important : l'altruisme s'oppose à l'égoïsme/égocentrisme et lui seul offrira à l'héroïne ses rares instants de vrai bonheur. La société des Jang, c'est également celle des adolescents, vivant d'après des codes bien définis et dans un monde qu'ils aimeraient parfait (d'après eux !), et ces idéalistes de Jang deviennent au bout de quelques siècles des Ainés, débarrassés de ces fantaisies infantiles et  vaines. A souligner également que l'argent n'a aucune valeur dans cette société et que les sanctions pénales n'existent pas (on peut voler sans problème, juste pour s'amuser !).

L'un des Jang, un peu déviant, tentera en vain de séduire l'héroïne en utilisant une apparence hideuse et répugnante, parce qu'il a conscience que seule l'âme a véritablement de l'importance et qu'il souhaite être aimé pour cette parcelle invisible qui fait de lui un être unique parmi tous ces fantomes changeants.

Il y a encore des tas de choses à découvrir dans ce bouquin, et je tiens à ce que vous les découvriez vous même, car c'est vraiment trop groosh, trop insumatt, et carrément derisann !

 

Bonne lecture !

 

Stéphane DELURE

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