Reign of Light - Samael (2004)

Publié le par Mordhogor

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Samaël. Nom qui est souvent assimilé à l'image d'un démon, égal de Satan. Il s'agit de l'une des figures les plus importantes du Talmud et s'avère un brin plus complexe que ce à quoi on l'assimile en général. Il est le "délateur", le "séducteur", le "destructeur" de monde. Il est aussi parfois considéré comme la version "angélique" du Diable, Satan en étant quant à lui la version "diabolique". Etymologiquement parlant, Samaël est le "venin de Dieu", ramenant à l'histoire selon laquelle, avant d'être relégué aux Enfers par Dieu, il avait été son bras gauche, incarné par un être de feu, possédant six ailes et armé d'un glaive à l'extrémité trempée dans un poison létal.

Dans certaines croyances moins connues, il est aussi le détenteur de la sagesse occulte, opposé à l'archange Michaël, qui détient quant à lui la sagesse terrestre supérieure, influencée par le sacré, alors que celle de Samaël ne l'est par rien ni personne, faisant de lui un Lucifer en quête de son propre épanouissement.

L'être diabolique devient ainsi un concept beaucoup plus complexe à saisir, et qui résume tout à fait la difficulté à appréhender l'essence de ce groupe suisse qui s'est emparé de son nom, et qui permet peut-être de mieux comprendre son évolution.

Né en 1987, sous l'impulsion de deux frères, Vorphalak - qui raccourcira son nom en Vorph (guitare et chant) - et Xytras - qui deviendra encore plus sobrement Xy (claviers, batterie) -, accompagnés par Masmiseim (basse), Samaël est tout d'abord un groupe de black metal plutôt classique, affirmant un côté satanique plutôt marqué (Worship Him, Blood Ritual).

Tout commence à évoluer lorsque les frères échangeant leurs rôles habituels, Vorph délaissant la composition au profit de Xy pour s'occuper des textes. Naît ainsi Ceremony of Opposites en 1994, oeuvre encore brute, occulte et noire de sang impur, mais qui annonce l'avènement de claviers que l'on sent animés d'une ambition certaine et d'un réel potentiel. Leur rencontre à cette époque avec le producteur Waldemar Sorychta (Grip Inc.) sera également très importante puisque cet illustre personnage du monde metallique saura imposer sa marque avec la puissance des riffs (et plus tard les infuences orientales testées sur Incorporated !).

Il faudra attendre le mythique Passage, sorti en 1996, pour que le nouveau style du groupe s'affirme, sans pour autant se figer. Date importante dans l'univers de la musique extrême encore apparentée au black metal, Passage impose l'abandon de la batterie et l'arrivée de la boîte à rythme, des samples et de l'influence electro, a priori assez éloignée de l'univers de l'extrême, d'autant plus que les textes abordent désormais des thématiques éloignées du satanisme et se penchent sur des concepts bien plus... humanistes. Le second visage du démon se dévoile, et Lucifer étant étymologiquement traduit comme "le porteur de lumière", Samael montre que l'ombre peut s'épanouir dans la lumière, même si celle-ci est encore assez diffuse. La réussite est incontestable, amenant l'avènement d'un genre nouveau dont Samael allait savoir rester le maître incontesté - allait rapidement suivre Covenant, vite rebaptisé The Kovenant, puis Arcturus, qui eux aussi allaient s'engouffrer dans la brèche ouverte, dans ce nouveau style qui allait livrer quelques perles.

Le tout pourrait paraître plus froid, plus mécanique, et pourtant, le groupe impose avec Passage une ambiance martiale sur laquelle règne la voix si sombre de Vorph, portée par les habiles arrangements de Xy, l'ouvrage basculant habilement d'une rythmique proche de Rammstein à des moments plus intimistes et atmosphériques, à des années lumières du black minimaliste. Et en parlant d'années lumières, c'est Eternal, l'album suivant (1999) - pour beaucoup considéré comme le chef d'oeuvre du groupe -, qui allait nous entraîner à l'aube d'un siècle nouveau, dans un espace où le chaos maîtrisé allait engendrer la plus belle des créations. Au fond de cet espace, nous allions entendre quelqu'un crier. Dans le vide cosmique, berceau de la création, allaient s'imbriquer de complexes éléments pour livrer un monument de musique dépassant de loin le cadre de l'extrême.

Pour donner corps à ce nouvel univers qui s'ouvrait au public, le groupe se lança dans une immense tournée mondiale puis se laissa 5 longues années avant de nous livrer la suite de sa pensée créatrice.

Le nouvel album est celui dont vous avez tout de suite vu en ouverture de page l'étrange et belle couverture, Reign of Light. L'ombre est présente, massive, élément tellurique à la force implacable, mais au delà se trouve quelque chose de plus puissant, un torrent de lumière prêt à tout engloutir puisque l'éclipse qui avait donné naissance aux ténèbres est sur le point de se terminer.

De l'espace est sorti quelque chose de nouveau, baignant dans une lumière à la puissance dévastatrice. Pour mieux illustrer son propos, l'album baignera du début jusqu'à la fin dans une ambiance arabisante fort à propos, nous livrant à des vents puissants et éthérés, à la colère des djinns, dans un désert de dunes écrasé par un soleil brûlant.

Ce qui frappe d'emblée, c'est la cohérence de l'ensemble, chaque morceau étant la suite logique du précédent, mais jamais sa redite. Le tout est terriblement homogène, mais la force de chaque chanson, déclinée par des thèmes marqués de refrains toujours mémorables, empêche à chaque fois de tomber dans la lassitude et la facilité.

Difficile de résister au morceau d'ouverture, Moongate, lancé par des rythmes electro orientaux et un sitar tout à fait séduisant. Un cri rentré mais rageur de Vorph lance les hostilités, et c'est justement cette violence sous-jacente, jamais écrasante mais bel et bien présente, qui va marquer l'ensemble de l'album. Boîte à rythme et guitare rythmique vont accompagner Vorph qui va chanter d'une façon bien étrange, quasi robotique, terriblement accusatrice en même temps que véloce. Un sacré morceau de choix, hypnotique et que l'on a envie d'écouter en boucle.

Mais on enchaîne avec la rythmique imparable d'Inch'Allah, qui nous élève déjà vers quelque chose d'encore plus entraînant. La voix trafiquée, saturée, est efficace en diable et le refrain vraiment très réussi, presque atmosphérique.

High Above amène un petit plus avec toujours ces ambiances orientales, inondant de soleil une musique d'ordinaire préférant se terrer dans les endroits sombres et froids du nord, mais innove en incluant un chant féminin tout en arabesques qui nous entraîne vers un autre niveau de conscience.

Le titre éponyme déboule, tout en sons électroniques d'abord légers avant que la machine ne s'emballe. La rythmique martiale des claviers et de la boîte à rythme domine le propos, mais les guitares se font un peu plus présentes, avec un break amené par un riff proprement hallucinant qui annonce haut et fort que la six-cordes n'a pas été oubliée sur cet album. Le refrain est encore terriblement accrocheur, et l'on a envie de crier avec Vorph "Rise, rise, rise... Shine, shine, shine" ! Le règne de la lumière est annoncé !

On Earth et sa voix trafiquée nous entraînennt autour de la planète, nous faisant survoler les grandes villes de ce monde, toutes baignées par la même et divine lumière, et nous ramenant tous à un niveau d'égalité souligné par les mots "One World". Qui a dit que l'extrême n'était que haine ?

Au titre des pièces les plus enlevées de l'album, Telepath se taille la place du lion, avec ses rythmiques virulentes et les cris bestiaux lachés de temps en temps par Vorph, qui montre ainsi qu'il y a encore de la rage derrière l'aspect plus froid de l'approche électronique. Samael est un mélange réussi entre l'approche mécanique et l'organique, qui parvient à rester bien présent. Pour avoir eu l'occasion de les voir en concert - justement à l'occasion de cette tournée -, je peux vous dire que le groupe est aussi efficace sur scène, gêné en rien par l'absence de batterie et le cheminement forcément mécanique imposé par la boîte à rythme. Ah, entendre et voir Vorph nous menacer et enchanter de sa voix si grâve, inimitable, avec son bouc inquiétant et vêtu de son sarouel !!! Quelle paraît éloignée l'époque où il préférait le cuir et les clous.

Avec Further et les premiers mots susurrés par une voix qui pourrait être un mix parfait entre Till Lindemann (Rammstein) et Tom Waits (si, si !), on plonge à nouveau dans l'espace intersidéral, notre corps est devenu astral et nous flottons dans ce qui ressemble au fleuve menant à un monde nouveau, nous entraînant "plus loin". Les guitares se lancent dans de belles interventions, même si nous restons dans une ambiance électronique et atmosphérique proprement fascinante. Assurément le morceau le plus planant de l'album.

Puis il faut encore signaler Heliopolis, pièce incontournable de l'album - et pourrait-il en être autrement d'un titre qui symbolise la ville du soleil, incluse dans un album se nommant le règne de la lumière ? - et qui renoue avec l'ambiance orientale, y rajoutant des choeurs féminins, des guitares qui ont retrouvé de leur superbe et un tempo electro vraiment très enlevé.

Reign of Light, sans être un chef d'oeuvre - peut-on en rajouter après Ceremony of Opposites, Passage et Eternal ? - mais montre un groupe en constant renouvellement, en perpétuelle recherche de son identité du moment et non de celle qu'attend forcément le public. C'est à cela que l'on reconnait les véritables artistes, ceux qui n'ont pas peur d'avancer plus loin (Further), quitte à prendre des risques et s'aliéner une partie de son auditoire. Par la suite, le groupe hésita cependant, soit dans une certaine stagnation tout de même agréable (Solar Soul et Lux Mundi), soit dans le retour en arrière raté lorgnant vers un black agressif et daté qui ne voulait plus rien dire dan la carrière du groupe (Above).

Avec Reign of Light, Samael nous montre que le metal peut se montrer positif (là, il faut lire les textes et se baigner dans leur philosophie), tout en rappelant par la voix et le ton, qui restent tout de même agressifs (oui, c'est pas de la pop quand même !), que là où frappe le soleil, il y a forcément une part de monde immanquablement baignée dans l'ombre.

Je vous recommande chaudement ce petit suisse en guise de dessert. Il saura vous faire remuer dans tous les sens et vous entraîner dans un univers bien particulier.

 

Bonne écoute ! Je vous laisse avec Moongate, qui introduit l'album de bien belle façon, tout en vous promettant que d'autres perles suivent !

 

Stéphane DELURE

 

 

 

Publié dans Electro-metal

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grissom 16/12/2012 17:52


tout à fait , quand nous étions jeunes et beaux.....

Mordhogor 16/12/2012 17:55



On est toujours jeunes et beaux ! Hier, j'ai couru pendant 1h10 sans avoir le souffle coupé. Parfaite forme, juste un peu sommeil.



grissom 16/12/2012 13:39


Cette voix caverneuse qui vous prend aux tripes alliée à une musique entêtante et hypnotique.....Un groupe qui occupe une place à part pour moi, incontournable!!

Mordhogor 16/12/2012 17:28



Un groupe qui rappelle de bons concerts, n'est-il pas ?