Slaves For Life - Amaseffer (2008)

Publié le par Mordhogor

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Etant un fan absolu de Mats Leven, chanteur-mercenaire incontournable de la scène metal de ces dernières années, je surfe régulièrement sur son site à la recherche de ses nouveaux projets ou de ceux plus anciens qui m'auraient encore échappé. Et il faut bien dire que la tâche est ardue tant le bonhomme est productif ! J'en viens même à me demander parfois si le suédois aux frisettes brunes ne serait pas par hasard la première expérience réussie et bien entendu cachée ayant abouti au premier homme cloné.  

Du glam, du hard-rock pur et dur, du metal néo-classique, du doom, du gothic-metal, du progressif, du power-metal, sans oublier une imitation très réussie sur scène du chanteur de Motorhead, Lemmy Kilmister ! C'est bien simple, à part le metal-extrème, l'artiste a secoué toutes les branches du cocotier metal ! Et voilà pour le prouver quelques-uns des groupes avec lesquels Mats a travaillé : Swedish Erotica, Treat, Krux, At Vance, Malmsteen, Therion, Abstract Algebra, Fatal Force, Dog Face, Jupiter Society, Sabbtail,... bref, une liste plus longue encore que l'outil de travail de Rocco Siffredi ! Et je ne compte pas les projets pour lesquels il a rempli le le rôle de simple guest...

Plus qu'une grande voix qui sur scène lui permet de jouer sans complexe aux voix d'opéra hantant habituellement les albums de Therion, le bonhomme sait faire vivre son texte et naître les émotions. J'ai eu l'occasion de le voir avec Therion (encore, je sais !) lors de la tournée Lemuria/Sirius B, et je peux vous dire qu'il occupe la scène comme si elle lui appartenait depuis toujours, faisant de lui un frontman infatigable et sympathique qui sait faire participer son public. A jouer autant, le chanteur n'a pas toujours fait les meilleurs choix, c'est évident, mais il a toujours suivi ce que son coeur lui dictait, ce qui est louable et rare de nos jours.

Il y a peu donc, j'ai découvert qu'il avait participé au projet d'un obscur et tout jeune groupe israélien, Amaseffer. La fiche technique parlait d'un projet ambitieux évoluant dans le metal progressif, fortement influencé par les rythmes orientaux et les musiques de films à tendance épique et historique. A travers cet album, intitulé Slaves for Life, premier volet de ce qui s'annonce d'emblée comme une trilogie narrant l'histoire d'Israël, nous allons survoler l'histoire douloureuse du peuple juif, plongeant 2000 ans en arrière, à l'époque des pharaons, des dieux égyptiens et de l'exode du peuple hébreu.

J'ai donc commandé compulsivement et aussi un brin curieux l'album en question, puis placé prudemment la galette argentée dans le lecteur, m'attendant à une agréable anecdote musicale. Et là, le coup de boule, la claque ! 77 mn de plaisir absolu que je ne cesse depuis deux mois de me passer en boucle ! Et pourtant, les morceaux auraient de quoi rebuter : 3 dépassent les 11 mn et les autres s'étalent allègrement entre 6 et 9 mn ! Alors que s'est-il passé durant l'écoute ?

Erez Yohanan, le batteur/compositeur, accompagné de ses comparses guitaristes Yuval Kramer et Hanan Avramovich (les deux n'affichant pas plus de 24 ans au compteur !), a tout simplement livré un travail fabuleux, et de plus merveilleusement produit. Chaque instrument, chaque ligne de chant, chaque bruitage trouve sa place dans ce puzzle étincelant pourtant simple d'écoute (inutile d'attendre 20 tours pour commencer à apprécier) et qui a dû cependant demander un travail colossal.

L'intro, hantée de bruits et de voix, nous plonge dans une de ces interminables journées de travaux forcés que les hébreux devaient consacrer à la grandeur des pharaons. C'est ensuite une succession de titres monumentaux qui vont s'enchaîner, contant la révolte grondante, la répression et l'exode. La voix de Mats Leven n'en fait jamais trop, évoluant au rythme de l'histoire, adaptant l'occident à l'univers oriental, vibrante d'émotion (The Burning Bush, Ten Plagues !!!). Elle est un pur régal, trouvant incontestablement sa place au sein des formidables compositions. Autre voix, celle du conteur, le batteur/compositeur Erez Yohanan lui-même, chaude et fortement impliquée émotionnellement. Celle d'Angela Gossow, chanteuse d'Arch Enemy, compose un agréable duo avec le suédois sur Zipporah, et il me semble avoir entendu qu'elle se fera plus présente sur l'album suivant. Un orchestre philarmonique appuyé d'instruments orientaux vient renforcer le tout et donner ainsi un aspect épique à l'ensemble.

Le titre qui m'a étrangement le plus marqué est un instrumental de 9 mn, Wooden Staff, un morceau grandiose ayant quelque chose de Pink Floyd ; la batterie et la guitare y sont proprement hallucinées, et c'est comme si je voyais les membres du groupe jouer au sommet des pyramides, sur fond de ciel bleu et couchant. A partir de 3 mn15, c'est véritablement magique et extatique ! Du grand, du très grand art, vraiment ! Car la force d'Amaseffer est de dépasser le carcan du metal, pour devenir une véritable fusion des genres et mériter l'étiquette de "progressif" sans qu'elle masque une technique inabordable et indigeste.

Et je pourrais vous en dire encore tant sur un morceau tel que Ten Plagues, autre oeuvre de plus de 11 mn mêlant à la perfection l'acoustique, l'électrique, l'orient et l'occident, l'imaginaire des musiques de films et les bruitages. Les bruitages ! Ces derniers font ici partie intégrante de l'histoire, et vous donnent l'impression de sentir l'odeur d'ozone des éclairs dans le ciel, le danger des flèches qui sifflent à vos oreilles, et s'ajoutent aux hurlements à la limite du black... Ils vous plongent au coeur de l'apocalypse.

Le tout forme une oeuvre incontournable, qui va en chavirer plus d'un. Bonne nouvelle : le volume 2 est sur le point de sortir, et il s'annonce encore plus ambitieux !

 

Amoureux du metal-prog, des bandes originales épiques, de l'orient, et du tout parfaitement mixé, cet album est fait pour vous !!! Procurez-vous d'urgence ce disque !

 

Bonne écoute,

 

Stéphane DELURE

 

 

Publié dans Progressif-metal

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