Solar Soul - Samael (2007)

Publié le par Mordhogor

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Et voici de retour, après trois ans de break, nos petits suisses préférés, continuant d'évoluer au sein du flux enivrant de l'énergie solaire. Car après Reign of Light, voici venu Solar Soul !

Mais tout n'est jamais aussi simple avec Vorph et Xy. Car si lumière il y a bien, et avec tout l'esprit positif que celle-ci véhicule, il ne faut pas oublier que l'ombre parvient toujours à trouver un endroit pour se tapir.

Ce que l'on remarque tout d'abord en découvrant l'album, c'est l'étrange pochette à l'esthétique si soignée. Il s'agit visiblement d'un symbole solaire, on y trouve même une forme stylisée du Yin et du Yang. Car la vie selon Samael n'est que le fruit d'un parfait et délicat équilibre. Celui qui se trouve entre l'ombre et la lumière, entre la violence et la douceur, la menace totalitaire et le message positif, tous devant nécessairement coexister dans un monde bâti sur ce fragile équilibre situé entre ces divers antagonismes. 

Un bien beau sujet qui me permet d'aborder la thématique de ces oeuvres musicales qui abordent avec audace les rivages tortueux de l'éternelle dualité sur les cendres desquelles il est inquiétant en même temps que rassurant de constater que l'homme ne peut être ni tout à fait bon, ni tout à fait mauvais. Nous ne sommes jamais que des hommes, avec nos torts et nos travers, même si les textes prolongeant l'ouverture d'esprit du précédent opus montrent la voie baignée de lumière qui s'offre à nous, si proche et en même temps si difficile à atteindre. 

Appréhender Solar Soul, c'est se confronter à un bloc massif, incroyablement cohérent. Chaque morceau n'existe que par le précédent et n'est là que pour justifier le suivant. Pour mieux décrire la musique offerte ici, j'oserais employer une image cinématographique ancrée dans les mémoires, celle du monolithe de 2001, l'Odyssée de l'Espace, de Kubrick. Oui, je sais, j'y vais un peu fort, et je le dis tout de suite, Solar Soul n'est pas le chef d'oeuvre de Samael. Il est cependant la somme musicale et philosophique des albums les plus importants de sa déjà riche discographie. De l'indus-metal assez proche des rythmes martiaux de Rammstein et parfois encore épicé des parfums orientaux qui avaient illuminé le propos du précédent opus, comme sur l'impressionnant Western Ground ou le séduisant Quasar Waves. La mélodie enivrante de Reign of Light est encore présente, mais elle se noit dans les torrents de violence retrouvés, réminiscences de Ceremony of Opposites et Passage, Vorph se livrant à une prestation assez hallucinante, comme sur le terrible On The Rise, que je vous propose en écoute, titre qui emporte absolument tout sur son passage, nous livrant à la puissance dévastatrice des vents solaires. Ce chant d'ailleurs marque bien la cassure avec Reign of Light, se voulant bien plus agressif et extrême, comme il avait su l'être par le passé, au travers de ces carcasses musicales dans lesquelles Vorph se vautre avec délice, sa narration solennelle se coupant souvent de growls tout bonnement effrayants. Et de nous surprendre au sein de cette spirale de violence, lorsque Samael nous livre une étrange nouveauté, avec l'arrivée d'un joli chant féminin sur Suspended Time, porté par la voix de la sublime Vibeke Stene, ex-chanteuse de Tristania, que j'ai entre parenthèses eu la chance d'admirer à seulement quelques mètres de moi lors de l'un de ses derniers concerts pour le groupe de metal gothique au sein duquel elle officiait (je ne m'en suis pas encore remis ! Et oui, je sais, je suis un veinard ! Je parle d'elle, hein, parce que la musique de Tristania, bof...).

Au niveau des instruments, la batterie naturelle reprend un peu du poil de la bête, entre d'autres morceaux quant à eux samplés (la grande majorité en fait). Le naturel ne revient pas au galop, mais ce n'est pas bien grave, car la rythmique électronique et mécanique a toujours réussi à Samael depuis que le groupe s'est engagé dans cette voie, et le côté froid et martial lui va si bien ! Les guitares sont présentes, mais en retrait, tissant par des riffs monstrueux des atmosphères véritablement terrifiantes et oppressantes. Le sitar - instrument acoustique indien - fait quant à lui son retour sur Quasar Waves. La basse est aussi bien présente, donnant de l'épaisseur à cet opus emplis de sons graves, tout comme ses intentions. 

Mais que dire de la voix de Vorph ! Sa voix est souvent reptilienne, menaçante comme jamais, envoûtante aussi. Le chanteur maîtrise plus que jamais son sujet, faisant de son organe la dynamique donnant à l'opus le côté totalitaire voulu. Et attention, ne pas confondre ici la forme avec le fond ! Slavocracy et Valkyries' New Ride montrent une société à portée de nos souhaits, dangereuse en ce qu'il faudrait bien peu de chose pour que nos désirs de sécurité et nos peurs fassent du monde le reflet effrayant d'une conscience collective tenue entre les mains d'une autocratie qui menace, miroir de nos consciences individuelles et égoïstes (allez, je vous mets aussi le clip de Slavocracy en cadeau de Noël, pour que vous vous fassiez une meilleure idée de la chose !). Le propos peut faire peur, mais il est là pour cela, pour réveiller la force qui sommeille en nous et nous pousse à rejeter les barrières qui nous entravent. 

La rythmique est martiale - Ave !... je parle ici du morceau, je ne me prends pas pour un romain ! -, mais le ton est là pour montrer ce qui nous guette si nous ne suivons pas les messages qui nous sont lancés au travers de presque la totalité des textes. Une main nous est tendue, afin de mieux nous aider à franchir le pas qui nous mènera vers la lumière et la véritable liberté. 

Tout un programme, que Samael nous assène comme un coup de massue. Et il est vrai qu'il n'y va pas de main morte pour nous sortir du marasme, pas vraiment du genre gant de fer dans une main de velours. Les orchestrations sont toujours aussi bien maîtrisées et efficaces (Xy et Waldemar Sorychta n'y sont pas pour rien, reprenant un peu en la modernisant la puissance de Passage). Les refrains sont eux aussi encore très efficaces et rapidement mémorisables, permettant toujours de distinguer ces étonnantes individualités qui au final forment un bloc à la cohésion sans faille.

Samael réussit avec Solar Soul le tour de force de digérer les forces qui ont marqué les trois albums précédants. La puissance et la cohésion de l'ensemble nécessitent cependant quelques écoutes permettant de mieux le savourer, faisant de l'objet une sorte de Rubik's Cube tortueux ne révélant sa combinaison finale et son secret qu'après de réels efforts imposant une immersion totale. Et oui, on ne rigole pas avec les petits suisses !

C'est en nous immergeant dans la noirceur la plus totale que Samael réussit ce qu'il désirait tant : nous plonger dans la peur et parvenir à mieux nous montrer ce petit point de lumière qui brille dans le lointain. Et cette démarche se révèle ainsi inverse à celle de Reign of Light, qui nous baignait dans une lumière aveuglante propre à nous masquer l'ombre qui s'approchait.

Plus qu'une entité musicale, Samael est un véritable paradoxe, à l'image du démon dont il a pris le nom, véritable père de Caïn, le premier des meurtriers, mais aussi détenteur de la sagesse occulte laissant à l'homme son libre arbitre.

 

Pour tout cela et pour l'acharnement qu'il met dans son oeuvre musicale, Samael reste un groupe majeur, n'appartenant finalement à aucun courant et restant à  jamais son propre maître.

 

Espérant vous avoir à ma façon guidé entre l'ombre et la lumière, je vous souhaite bien du plaisir et vous laisse en éprouvante compagnie, avec l'étourdissant On The Rise et le clip de Slavocracy.

 

Bonne écoute !

 

Stéphane DELURE

  

 

 

Publié dans Electro-metal

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kiki 18/12/2012 10:32


flippant, clip soft pour surement laisser la place à cette voix toute particulière qui me fait penser à un varant qui rampe, genre le lohan en ce moment qui joue bcp à çà, la musique
irait  bien sur ses actions........