The Deathship has a New Captain - The Vision Bleak (2004)

Publié le par Mordhogor

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9 songs of death, doom and horror, précise le sous-titre de l'album, indice nous aidant à comprendre à quel genre nous allons nous frotter, de l'horror-metal, un style à part entière de la scène metal abondamment nourri d'influences péchées dans la littérature et le cinéma d'épouvante. Le terme est  venu du groupe finlandais Gloomy Grim, mêlant allègrement les hurlements typiques du black metal avec des sons moins habituels tels que des tintements de cloches lugubres. L'influence du groupe de heavy King Diamond n'est pas non plus à négliger, chacun des albums du chanteur au micro en forme d'os à ronger étant un concept basé sur une histoire horrifique (Abigail étant le plus célèbre d'entre eux, même si mon favori reste incontestablement The Puppet Master, mais on en reparlera bientôt !).

The Vision Bleak est un groupe allemand né des limites que connaissait Ulf Theodor Schwadorf (guitare, basse et claviers) avec son groupe Empyrium et de l'apport du chanteur et batteur (+ claviers) Allen B. Konstanz, venu de Nox Mortis. Les deux musiciens vont se charger de l'entière conception des aventures du groupe, et ne fera appel à des musiciens de session que pour les tournées-live.

La photo sépia ci-jointe (Ulf à gauche, Allen à droite) donne le ton de l'univers que le groupe va explorer : le monde occulte et littéraire du XIXème siècle, hanté par les spectres de Poe, Lovecraft et Oscar Wilde, celui du cinéma des années 40 et des fleurons fantastiques de la Universal (regardez le clip de Wolfmoon pour vous en convaincre). Le règne du mystère domine encore celui de la science et donne lieu à d'envoûtantes croyances (vampires, loups-garous, cités perdues et vaisseaux fantômes).

Point de chant black chez Vision Bleak (allez, vous avez raison, il y en a sur certains passages de The Deathship Symphony). Tout est histoire d'ambiances lourdes, parfois à la limite du doom, mises en mélodie par la voix profonde et gutturale de Konstanz, une voix claire qui permet toujours de saisir les finesses de l'histoire contée. Les riffs de guitares sont soignés à l'extrème, ne cherchant jamais la note de trop, et se mêlent avec habileté à d'envoûtantes nappes de claviers (écoutez encore Wolfmoon, c'est une tuerie !). La mécanique de précision des maîtres de l'épouvante est illustrée avec brio, la musique entraînant l'auditeur sur des montagnes russes en alternant l'angoisse et la férocité.

Parlons de cet album maintenant. Tout commence avec la voix sombre et sans âge d'un conteur qui tout de suite nous plonge dans une ambiance malsaine, et c'est comme un vieillard au visage rongé par une barbe grise qui vous narre auprès d'un feu de camp les premiers mots d'une histoire terrifiante. La voix spectrale d'une soprano va se mélanger au rythmes plus traditionnels du metal pour nous entraîner dans une danse qui promet d'être enivrante.

Le pas menaçant des zombies arrive avec The Night of the Living Dead, hommage au premier film de Romero, hymne imparable qui tient plus de l'influence rétro de Notre Dame, combo cultissime du sieur Snowy Shaw (batteur chez King Diamond en son temps, tiens donc !) que des hurlements habituels. Le refrain va vriller vos tympas et vous allez comme moi chanter au bureau sous le regard inquiet de vos collègues !

Wolfmoon frappe encore plus fort et s'impose d'emblée comme un des futurs classiques du groupe, illustré par un clip très efficace (le seul à ce jour, snif !). Le Metropolis qui suit est cependant situé un cran en dessous, le classique de Fritz Lang ayant  visiblement moins inspiré le duo.

Une curiosité ensuite, avec Elizabeth Dane et l'entêtante mélodie jouée au clavier qui m'a fait si longtemps chercher : il s'agit du thème de The Fog, de John Carpenter (mon idole !!!) et du sort tragique que connurent les marins du navire susnommé (... Elizabeth Dane ! Vous dormez ?). Il est intéressant d'ailleurs de noter que ce film débute par une narration faite par un vieux loup de mer, un peu comme celui que l'on imagine en écoutant l'ouverture de l'album.

C'est ensuite la rythmique imparable de Horror of Antarctica, tenant autant des Aventures d'Arthur Gordon Pym de Poe, que des Montagnes Hallucinées de Lovecraft (qui sont entre parenthèses un hommage à la nouvelle de Poe). Faire du cri angoissant Tekeli-li Tekeli-li un refrain aussi mémorable est une étonnante réussite aisni qu'une preuve de grand talent. Chapeau !

Les deux morceaux qui suivent sont hélas moins intéressants, The Lone Night Rider (le cavalier sans tête !) étant assez proche du Paradise Lost période Draconian Times (belle référence, certes, mais hors de propos selon moi), alors que The Grand Devilry sent bon la baisse d'inspiration et le remplissage, sans être pour autant complètement mauvais.

On finit avec le plus long morceau de l'album, le plus violent aussi, celui qui va mêler avec brio chants de ténors et sopranos avec des vocaux black/death, le tout arrosé copieusement de guitares agressives et d'une batterie menaçante. Une véritable réussite qui rompt avec le ton plus gothique du reste de l'album. Une belle oeuvre d'opéra-horrifique si j'ose dire.

44 mn après avoir appuyé sur la touche play, j'ai une furieuse envie de remettre ça en dégustant un petit verre d'absynthe et de ressortir du placard ma vieille chemise à jabots... Je me demande pourquoi, mais c'est reparti pour un tour !

Et trois albums m'attendent encore, ce qui me rend délicieusement heureux...

 

Pour vous récompenser de cette lecture et vous donner envie d'acheter (j'ai commencé par là !), je vous laisse le lien vers l'unique et précieux clip du groupe, Wolfmoon (... je l'ai déjà cité ce morceau ?) : http://www.youtube.com/watch?v=HDRdgLXpC-g&playnext_from=TL&videos=z_UekGXHwwM

 

Bonne écoute,

 

Stéphane DELURE

 

Publié dans Horror-metal

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grissom 20/05/2010 08:21



Ils font peur ces deux là je n'aimerai pas les croiser dans la rue.Plus sérieusement tu as le chic pour trouver des groupes originaux et sortis de nulle part genre que tu es le seul à connaître
mais force est de constater que ton flair est bon et que tu as l'art de nous faire découvrir des pépites......