The Great Escape - Seventh Wonder (2010)

Publié le par Mordhogor

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Down on your knees and prey !

Voilà les mots qui me viennent à l'esprit - et en anglais s'il vous plait ! -, une fois l'écoute de cet album terminée (67 mn).

Et dire que selon les critiques glanées à droite à gauche, il ne s'agit pas ici du chef d'oeuvre absolu du groupe ! Pour cela, il faudrait rechercher l'album précédent, Mercy Falls, touchant parait-il au sublime, ce que j'ai presque du mal à croire après l'écoute du présent opus tant celui-ci me laisse vraiment sans voix !

Je me contente pour l'instant de cet album tout simplement fabuleux.

Seventh Wonder, je l'ai découvert un peu par accident, par rebond devrais-je dire, grâce à la découverte du nouveau chanteur de Kamelot, Tommy Karevik, officiant sur l'excellent Silverthorn, chroniqué en ces pages (Silverthorn - Kamelot (2012) ), et qui m'avait absolument bluffé en prenant avec une aussi déconcertante facilité le rôle pourtant périlleux du successeur de l'immense Roy Khan.

Je me suis donc précipité avec une certaine fébrilité sur le premier album disponible de ce groupe de metal progressif dans lequel le suédois a officié (et officie encore pour mon plus grand bonheur, car le chanteur compte bien mener de front les deux aventures, même si le planning chargé de Kamelot risque à mon humble avis poser quelques problèmes, ne serait-ce qu'au au niveau des nombreuses tournées mondiales).

Pour la présentation rapide, Seventh Wonder (oui, cela veut bien dire en toute modestie "Septième Merveille" !) est un groupe suédois fondé en 2000 par le bassiste Andreas Blomqvist (et avec quel talent son instrument va parcourir l'album !), le guitariste Johan Liefvendahl et le batteur Johnny Sandin. Ils seront ensuite rejoints par le claviériste Andreas Söderin et Tommy Karevik au chant. Le style du groupe est du metal progressif mélodique, influencé par les travaux de Dream Theater (mais un peu seulement), et Symphony X (beaucoup plus ici, avec cette façon toute particulière d'aborder les refrains, renforcés par des choeurs poignants, et ce côté plus agressif aussi, avec d'imparables montées en puissance aux claviers et à la batterie, sans oublier la virtuose guitare). Comme maîtres à penser, avouez qu'il y a pire, surtout quand le groupe sait y ajouter sa touche personnelle, avec ce côté parfois presque AOR (Album-Oriented Rock, ou rock louchant vers le FM), style souvent maîtrisé par les scandinaves et sur lequel Europe a bâti toute sa réputation (je pense notamment aux albums The Final Countdown et Prisoners in Paradise). Bon, attention, ne vous attendez pas en lisant cela à entendre Seventh Wonder sur les ondes, non, je veux juste dire par là qu'il y a cette habile touche mainstream réalisant l'incroyable tour de force de rendre de complexes compositions aisément abordables.

Tous les musiciens maîtrisent leur art à la perfection, nous délivrant au travers de 7 titres une véritable leçon de technicité sans oublier un seul instant la mélodie. Tommy Karevik n'est pas pour rien dans cette réussite, car il emballe avec une étonnante facilité d'inextricables arrangements et lignes de chants pour nous livrer une prestation digne des plus grands. Il est en cela comparable à Russel Allen (Symphony X), même si les voix ne se ressemblent pas vraiment, celle de l'américain étant bien plus grave et agressive.

Comme chez Symphony X, les morceaux sont formés de passages au tempo rapide, évoluant autour de la guitare et portés par des envolées vocales intensément mélodiques. Des morceaux tels que Wiseman et The Angelmaker ne pourront que vous en convaincre. Et encore une fois, il ne s'agit pas de plagiat, le groupe apportant une sensibilité toute... suédoise, une approche plus en douceur. Les claviers sont cependant aussi habiles et la basse de Blomqvist est réellement habile à installer une profondeur que l'album ne possèderait pas sans elle.

Comme dans tout album de ce genre, il y a bien sûr une quantité impressionnante de breaks et de soli, les plus impressionants - dans la première partie de l'album - se trouvant sur The Angelmaker et King of Kingwater, ce dernier s'épanouissant sous l'intervention d'un bien joli violon, plutôt inattendu. 

Il y a aussi énormément de groove et de légèreté - masquant toujours une technique ne relevant en rien de la facilité - avec les morceaux que sont Move on Through et Alley Cat (le single, dont je vous offre le clip), ce dernier démarrant sur une guitare que ne renierait pas Michael Romeo (Symphony X, toujours), pour rebondir sur d'incroyables et accrocheuses mélodies vocales que l'on ne peut s'empêcher de vouloir reprendre en choeur. Quand le metal technique et symphonique s'approche de la pop, il peut faire des miracles.

Il y aussi l'incontournable ballade, incarnée ici par Long Way Home, sympathique exercice mais qui m'a laissé un peu sur ma faim au vu des formidables émotions dégagées par les autres compositions. Il paraît qu'ils ont heureusement fait bien mieux sur l'opus précédent, avec deux chansons de ce type se révélant être d'incontestables réussites.

Passons maintenant à la deuxième partie de l'album, qui se révèle n'être qu'un seul et unique morceau. Unique ? Pas vraiment. En fait, la septième piste s'étale sur pas moins de 30 minutes, est inspirée d'une histoire de science-fiction suédoise sortie en 1956, Aniara - cet ouvrage étrange dans sa structure est composé de pas moins de cent-trois chants en vers plus ou moins libres qui rappellent les épopées homériques autrefois chantées et déclamées, certains chants abandonnant les aspects de la prose chantante pour devenir de véritables poèmes d’un lyrisme et d’une justesse à couper le souffle, voilà pour la petite histoire dont vous savez que je raffole -, et se décompose en 13 sous-parties narratives (sans aucun interlude, car il y a bien continuité sur l'ensemble du morceau). Un exercice très difficile, que le groupe aborde avec un facilité là encore déconcertante. On pourrait être rebuté par une telle durée, mais j'ai réussi sans difficulté à écouter ce morceau 3 fois de suite avec à chaque fois une envie d'y revenir incontrôlable ! C'est aussi beau que les 24 minutes de The Odyssey d'un certain... Symphony X.

Le démarrage, après des allures de fausse ballade, est très technique avec une basse très présente joutant sans cesse avec la guitare, et menace de se montrer rebutant, mais le tout s'envole vers les 5 minutes et nous entraîne en un flot étourdissant pour ne plus regagner le sol avant la fin du morceau, celui-ci montant en puissance au fur et à mesure que passent les minutes et que s'enchaînent breaks et ponts. La voix mélodieuse de Karevik s'imbrique à merveille dans ce labyrinthe musical, rejoint pour notre plus grand plaisir par la propre soeur du chanteur, Jenny Karevik, dont la voix me rappelle fortement celle d'Elize Ryd, du groupe Amaranthe, qui a d'ailleurs chanté avec Tommy sur Silverthorn, de Kamelot. Epique et technique se mêlent pour dépasser le cadre parfois barré et difficile d'accès du metal progressif. Une incontestable réussite, qui joue avec nos émotions du début à la fin.

Et je n'ai pas assez insisté sur le formidable talent du guitariste, Johan Liefvendahl, qui réussit l'exploit de ne jamais céder à la démonstration, malgré le fait qu'il en ait l'incontestable capacité. 

Chez Seventh Wonder, je le répète, chacun oublie son ego et met son talent au service de la mélodie, et c'est en cela que ce groupe que je viens tout juste de découvrir est déjà si cher à mon coeur.

 

J'attends déjà avec une impatience que je sais devoir être grande - actualité de Kamelot oblige -, la suite des aventures de la Septième Merveille. Pour me consoler, je sais maintenant qu'il y a derrière The Great Escape 3 albums qui ne demandent qu'à être découverts, dont le déjà cité Mercy Falls, encensé par la critique et les fans.

 

Je vous laisse en compagnie du clip de Alley Cat et de sa mélodie envoûtante, masquant une technique redoutable.

 

Bonne écoute,

 

Stéphane DELURE

 

Publié dans Progressif-metal

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Mordhogor 04/12/2012 18:22


Tu m'étonnes ! Ce sont de vrais techniciens, et dotés d'une réelle sensibilité ! J'écoute l'album en boucle, même le morceau de 30 minutes !

grissom 04/12/2012 17:14


ça remue bien, j'aime beaucoup la guitare