Ukon Wacka - Korpiklaani (2011)

Publié le par Mordhogor

korpiklaani-ukon-wacka.jpg

Pour me préparer à chroniquer ce disque, j'ai d'abord dû me mettre en condition, c'est à dire ingurgiter plusieurs pintes de bière de qualité douteuse en un temps record et ceindre mon front de bois de cervidés façon shaman - c'est un symbole incontesté de virilité dans le grand nord finlandais et absolument nécessaire pour aborder l'objet, cherchez pas !

Kézaco d'ailleurs que Korpiklaani ? Tout d'abord un mot finlandais qui signifie "Le clan de la forêt" et montre faussement ce vers quoi le groupe aurait pu nous entraîner. Car oui, le combo est incontestablement un clan, une bande de potes qui prennent un véritable plaisir à jouer ensemble, ça s'entend. Oui, le groupe est très attaché à la nature et aux légendes de son pays. Oui, il y aussi un affreux shaman qui vient invariablement enlaidir les pochettes du groupe depuis déjà 16 ans et 11 albums (nous sommes en 2012, quelques jours avant la fin du monde, et je compte les albums sortis sous les trois noms que porta le combo). Oui, oui, oui, mais Korpiklaani n'est pas tout à fait de la trempe de Finntroll, de Mago de Oz et autres cadors du genre folk-metal.

Car il s'agit bien là de folk metal, du genre à faire fureur dans un fest-noz breton bien arrosé, même si ses racines sont forcément scandinaves. Là où les choses diffèrent, c'est que pour ces givrés de finlandais très certainement terminés au houblon, j'oserais inventer un nouveau genre musical qui leur collerait parfaitement à la peau : le coma éthylico metal !

Imaginez un peu à quoi nous avons à faire : des gaillards à la barbe hirsute et mal taillée que l'on imagine fleurant bon la sueur et la bière, des rustres aussi beaux que des trolls et  un brin arriérés - c'est l'image qu'ils véhiculent, ils seraient d'accord avec moi -, à la bedaine enflée par la bombance et l'alcool. En gros, des espèces de faunes mal dégrossis carburant aux instincts primaires, aimant la fête et encore la fête ! Six gaillards plutôt fidèles puisque depuis leurs débuts il y eut seulement quatre changements mineurs de line-up. Six gaillards auxquels on a longtemps, et à juste titre, reproché la trop grande fertilité - c'est à cause des andouillers, je vous dis ! -, puisque chaque année voyait invariablement un album sortir, plutôt semblable au précédent. Voice of Wilderness, sorti en 1995 et cinquième galette des finlandais pas finauds, avait pu séduire son public, mais tout ce qui sortit par la suite faisait inlassablement se dire que le groupe tournait en rond et sortait chaque année la même tambouille... en moins goûtue.

La recette ? Simple. Vous prenez une voix rugueuse comme un écorce de pin, vous ajoutez des guitares se contentant de se la jouer rythmique - euh, c'est du folk bien gras, pas du Malmsteen en même temps -, beaucoup de violon sorti tout droit d'un saloon avec son esprit country, et vous saupoudrez généreusement le tout d'accordéon (oui, y'en a aussi, et beaucoup !). Comme c'est du metal, il y a bien des percussions propres à réveiller un dragon endormi, même si la chose s'est souvent contentée de faire Poum Tchak Poum Tchak (si si, écoutez !), et une basse un peu perdue dans le flot du festival joyeux qui est offert à nos oreilles. Il y a aussi des choeurs monstrueux, pas vraiment du genre chants grégoriens, mais plutôt des laï lalaï lalaï lala lalaï tonitruants entonnés par des potes en sueur inspirés par la biture. Tout à fait le genre d'ambiance qui rend plus que joyeux sur le moment mais vous fait la promesse de lendemains difficiles.

Heureusement, le disque dont nous parlons, Ukon Wacka, est issu d'un excellent tonneau, et, ce qui n'était pas commun jusqu'ici, les albums de Korpi (c'est plus court !) ayant tendance à livrer vite fait leurs secrets de fabrication sans laisser une envie impérissable de s'y plonger à nouveau, avec cette galette, on se surprend à appuyer sur Play une nouvelle fois, et encore, et encore !

Probablement est-ce dû au fait que les finlandais poilus se sont cette fois-ci laissé deux ans pour fignoler l'ouvrage et que leur précédente gueule de bois avait ainsi eu le temps de se dissiper. 

Dès les premières notes sacrément entraînantes de Louhen Yhdeksäs Poika et le rythme imparable porté par l'accordéon, on se sent entraîné dans la danse et l'on se dit que cette fois-ci la potion va prendre. Ah, ce violon, il pète carrément la forme ! Et que dire du chanteur Jonne Järvelä qui, même s'il ne sera jamais l'une des grandes voix du metal, met vraiment du coeur à l'ouvrage, avec son rythme rapide, haché et plutôt surprenant (il respire quand ?). Le refrain est une grande réussite qui m'a surpris à danser comme Rabbi Jacob (ben oui, c'est pas du yiddish metal, mais c'est le résultat que ça a produit ! Euh... j'ai aussi fait semblant de me tenir les bretelles... sans doute l'effet des bières !).

Et ça continue avec la très réussie Päät Pois Tai Hirteen, qui ressemble à du Madness à la sauce Korpi. Sans doute dû à l'effet des guitares qui jouent un riff simple mais répété sans cesse. Y'a de l'harmonica et aussi une vache qui beugle il me semble dans les premières secondes du titre (son lait a dû tourner !). Et encore ce violon endiablé tenu par le brillant Jaakko Hittavainen Lemmetty (oui, faut prendre son élan - je parle pas de l'animal ! - pour appeler un finlandais par son doux nom).

Bizarre, avec Tuoppi Oltta, le rythme ne baisse pas, la qualité est toujours au rendez-vous, et l'on se demande si l'on ne tient pas ici le meilleur album du groupe depuis 16 ans ! Y'a même des breaks et un formidable solo de violon, le tout porté par un refrain que l'on a envie de chanter (encore faut-il comprendre les mots). Ce morceau très dansant commence sur une mélodie d'accordéon rapidement relancée par la rythmique qui ferait bouger une taverne entière et tous les pochtrons qui la hantent, puis se coupe avec un court break de flûte avant que Jonne ne se lance dans son chant qui, à défaut de varier les plaisirs par de plus complexes lignes de chant, sait magner la barque comme il faut, l'éthylostest heureusement hors de portée ! Et puis il y a les choeurs dont je parlais tout à l'heure, laï lalaï la lalaï ! L'un de mes titres préférés de l'album, assurément !

Lonkkaluut est le deuxième plus long morceau de l'album (5mn39, ce qui est extrêmement rare chez Korpi !) et s'avère un brin plus ambitieux, avec une structure bien pensée mêlant le metal au Humppa, l'art folklorique finlandais et son bestiaire musical (je parle des instruments). Brillante réussite.

Au titre de la déraison, il y a Tequila, dont je peux m'empêcher de vous livrer l'inénarrable clip en fin d'article. Qu'ils sont drôles nos barbus poilus à danser et jouer dans une forêt enneigée (il doit vraiment faire froid, on voit la buée s'échappant du moindre souffle alcoolisé). Un morceau très court (2mn42), mais qui s'empare de ce qui reste de nos neurones et fait monter le taux d'alcoolémie à un niveau devenu dangereux. Les percussions (non, Matti Matson Johansson  ne joue pas en vrai sur des blocs de glace, ça c'est pour le clip !) sont vraiment très efficaces et maîtrisées, formant un duo de choc avec l'accordéon et quelques riffs de guitare bienvenus. A noter que les lascars avaient déjà commis Vodka, sur un album précédent, du même tonneau, mais moins inspiré (ils préfèrent visiblement l'alcool amérindien au russe), à croire qu'ils portent un véritable culte à la bibine...

Puis changement de rythme avec ce qui est probablement le titre le plus varié et le plus réussi de l'album, Ukon Wakca, sur lequel Jonne nous offre un duo avec le vétéran Tuomari Nurmio, proche du ton des chansons de marins ! A se demander si j'ai pas raté un invité surprise ! Très shamanique dans l'esprit, là, on est clairement sorti de la taverne pour se plonger dans les mystères de la forêt ! Et 5 mn de plaisir en plus, 5 !

On revient dans le traditionnel avec l'ultra efficace Korvesta Liha. C'est de l'ancien, mais inspiré par un alcool de meilleure qualité. Un titre qui Poum Tchak à fond, mais qui fait du bien à entendre ! Ah, j'ai bien envie de taper dans le dos de mon voisin, par pur plaisir, quitte à renverser un peu de ma pinte sur le sol déjà glissant !

Il y a encore Koivu Ja Tähti, lancé par une intro de guitare acoustique, de basse et d'accordéon, et qui propose un rythme bien étrange, à la limite de l'oriental.

Mais surtout, il y a Surma, longue pièce de 6 mn, lancé par un beau solo de flûte, suivi par un violon presque triste. Et puis arrive la rythmique plombée aux accents presque celtiques. Gros travail sur les percussions et les riffs, on sent que le groupe a enfin pris la peine d'affiner son travail et sa technique. Puis Jonne hurle comme un troll lubrique, à la limite du chant de marin sur le refrain. Mine de rien, sur ce titre, il varie son chant à trois reprises et montre qu'il a plus de talent qu'il ne l'a prouvé jusque là. Je suis sûr qu'il pourrait interprêter sans rougir un titre aussi beau que le Wanderer d'Ensiferum, mais pour cela, il faudrait d'abord que le groupe prenne tout cela au sérieux, ce qui n'est visiblement pas son intention, et finalement tant mieux.

Pour terminer, un brin de rigolade avec une reprise de Motorhead, Iron Fist, à prendre au troisième degré (ou 70ème si l'on parle d'alcool !). Du fun cette reprise, mais elle est aussi là pour montrer que le groupe avait clairement mis un peu de rock dans son folk éthylique.

 

Là où le bât blesse, c'est que Korpi ne transforma pas l'essai et revint sur ses travers anciens, recyclant le même breuvage dans un vieil alambic. Bon, pas grave, ça reste de la rigolade et Ukon Wacka est parfait pour se fendre la poire entre potes ! Leur meilleur album, assurément !

 

Allez, je vous laisse dessaouler et vous préparer à la gueule de bois qui suit toujours l'écoute d'un disque de Korpiklaani ! En attendant, regardez Tequila ! Et je vous rajoute même une dose de Ukon Wacka, afin que vous puissiez vous rendre compte que le groupe sait faire autre chose que de la chanson à boire.

 

Bonne écoute !

 

Stéphane DELURE

 

 

Publié dans Folk metal

Commenter cet article

kiki 18/12/2012 10:26


très rigolo en effet !!! la musique démarre calmement et quelle prise de vitesse ensuite pour mes petites oreilles !

grissom 16/12/2012 13:47


Obligé de boire avant de chroniquer, quel dur métier......un morceau qui sent le chouchen et la crêpe au beurre salé, très sympathique.....

Mordhogor 16/12/2012 17:27



Dur dur d'écrire !... Hips ! Mais cette musique se boit plus qu'elle ne s'écoute !