Vempire or Dark Faerytales in Phallustein - Cradle of Filth (1996)

Publié le par Mordhogor

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Comme précisé par mes soins lors de l'article concernant le premier album des vampires du SuffolkThe Principle of Evil Made Flesh - Cradle of Filth (1994)  -, les liens qui unissaient Cradle of Filth avec leur premier label, Cacophonous Records, devinrent plus que tendus dès la sortie du premier rejeton des suceurs de sang.

Pour la petite histoire - celle qui allait faire la grande -, Cacophonous Records - maison de disques tenue par un français et dont je me rappelle avec une certaine émotion avoir consulté fébrilement le catalogue il y a si longtemps -, n'avait pas versé le plus petit penny des royalties dégagées par les ventes de The Principle of Evil Made Flesh. Avouez qu'il y a là de quoi agacer un vampire déjà bien énervé. Et quand vous rajoutez à cela le fait que le groupe était tenu par contrat de livrer à ladite maison de disques une deuxième livraison, vous obtenez un vampire vraiment très très énervé, du genre qui vous saute à la gorge sans avoir au préalable pris le temps de brosser ses quenottes ! Et alors, si en plus un claviériste et deux guitaristes aux dents longues - les frères Ryan et Paul Allender -, se sont évadés de la crypte pour fuir vers d'autres cimetières (The Blood Divine) et n'être remplacés pour les six-cordistes que par un seul gratteux - car une légende circule selon laquelle Jared Demeter, seconde guitare, n'aurait jamais existé, son nom n'étant crédité que pour donner le change et faire passer le groupe pour le sextet qu'il n'est plus -, vous n'avez plus qu'à prier et fuir comme la peste le premier démarcheur portant cuir, clous et dentelles avec un teint blafard !

Quel choix s'offrait alors au groupe ? Un nouvel album ? Trop d'efforts pour peu d'argent à la clé - en fait, le groupe va même céder les droits de ce deuxième disque afin de se dépêtrer d'une interminable et minable tout court procédure juridique. Un live ? Grotesque, le combo n'étant pas assez connu et n'ayant pas assez de matériel pour enregistrer un live (il y avait bien les démos de Goetia, l'album qui n'a jamais vu le jour, mais les compositions se sont en fait pour la plupart retrouvées sur Principle). Il fallait cependant frapper suffisamment fort pour attirer l'attention et faire grossir la masse des proies potentielles des vampires assoiffés.

Le groupe fit alors le choix du compromis, en sortant un EP fort consistant qui, dans le coeur de bien des fans, a des allures de véritable album. Ce choix fut habile car il permit au groupe de remplir sa part du contrat tout en imposant le style qui allait définir sa nouvelle ligne de conduite, séduisant au passage Music for Nations, qui allait signer Cradle of Filth pour l'enregistrement de mythiques albums.

Il suffit ainsi de 6 titre ramassés sur 36 minutes - soit 6 minutes de plus tout de même que Panzer Division Marduk, l'album culte de... Marduk ! - pour redéfinir le canon musical du Berceau des Immondices. Exit l'influence death un brin mou du genou qui marquait encore le premier album de son ombre pesante, exit aussi la violence atténuée par ce black metal déjà vieillissant, enregistré au fond d'un caveau avec trois francs six sous (en l'occurrence deux livres et trois shillings), qui inquiète plus qu'il ne secoue. Cradle impose enfin ce qu'il va nommer en toute modestie le Suprême Vampiric Evil !

Tout comme les deux autre champions de l'époque signés chez Cacophonous - Bal Sagoth et Dimmu Borgir, le premier explorant les territoires guerriers des civilisations perdues de Mu et de l'Atlantide, le second se vautrant dans la fange impie de noires entités -, Cradle va développer son côté symphonique, rajoutant par d'astucieuses couches de claviers une nouvelle dimension à la musique extrême. La démoniaque Trinité  allait ainsi lancer une mode dans laquelle allait se jeter une meute de suiveurs plus ou moins inspirés. Mais le ton, chez Cradle, allait devenir très sérieux.

Pour mieux convaincre les premiers fans de ce changement radical de direction, le groupe va réengistrer le déjà très réussi The Forest Whispers My Name, bénéficiant cette fois d'une production à la hauteur, tout bonnement monstrueuse. Histoire de mieux comprendre, écoutez donc les deux versions dans la foulée, en respectant l'ordre chronologique... Voilà, c'est fait ? Impressionnant, non ? La voix gutturale s'efface au profit d'un hurlement suraigu alternant avec une narration au ton très grave, la rythmique est plus rapide, plus soutenue (ce n'est pas pour rien si le morceau a perdu 30 secondes), secondée par un choeur féminin, faisant du titre un morceau percutant, le classique qu'il est en fait aujourd'hui. Le morceau a tout de même conservé son riff cinglant de fin, ligne de guitare digne de la NWOBHM qui, elle aussi, a toujours été une influence importante pour les vampires du Suffolk.

Ecoutez l'abject début de Queen of Winter, Throned, lorsque Dani abuse de sa voix grave d'outre-tombe pour parodier et intégrer dans la chanson les célébrissimes narrations des films de l'âge d'or de la Universal, classiques des années 30 et 40 : The Wolfman et Dracula (avec Lon Chaney Jr et Bela Lugosi). Un vrai régal si l'on n'est pas trop délicat !

Pour ce qui est de l'accompagnement musical, les riffs de guitares de Stuart Anstis sont bien plus véloces et agressifs, de même que la batterie, sur laquelle Nicholas Barker frappe comme un damné en alternant blasts et rythmiques infernales. Le batteur est devenu un sacré cogneur, qui ne manque cependant pas de feeling. Je vous en laisse pour preuve en bas de page le morceau Nocturnal Supremacy, qui alterne les frappes d'une terrible façon, commençant de façon sobre et martiale pour vite imposer une charge infernale, ponctuée de changements de rythmes incessants, qui séduisent par leur variété. La section rythmique, qu'il s'agisse des guitares ou de la basse, est encore plus affûtée, rapide, parfois très proche du thrash - Nocturnal Supremacy, The Rape and Ruins of Angels (Hosannas un Extremis), sur certains riffs. L'aspect gothico-romantique si cher à Cradle of Filth est renforcé par des claviers (tenus par Damien Gregori) dignes d'un film d'horreur, nappes assassines et enchanteresses drapant le tout d'un decorum macabre au possible.

Le chant féminin prend aussi plus d'importance, mené par la diva du metal extrême, Sarah Jezebel Deva, qui met un peu de lyrisme dans l'univers de violence imposé par l'impitoyable Dani. Histoire de corser le tout et renforcer le penchant érotico-gore dans lequel baigne l'ouvrage, ses vampires prenant des allures de succubes dominatrices, Danielle Cneajna Cottington s'emploie à jouer le rôle de la saphique et séductrice vampire lors de passages narratifs - rôle qu'elle sublimera sur le grandiose Cruelty and the Beast, sorti en 1998 -, tandis qu'en fond sonore gémissent et hurlent dans de sordides recoins les proies offertes aux vampires déchaînés.

Les six titres sont extraordinaires en ce qu'ils font découvrir à l'auditeur blasé de l'époque un univers musical jusque là inconnu, et qui annonçait déjà la tournure phénoménale que les évènements allaient prendre avec l'album suivant, Dusk and Her Embrace, chef d'oeuvre de violence et d'horreur gothique.

On taxe aujourd'hui le groupe de commercial (surtout depuis le formidable album Cruelty and the Beast, à la production plus douce mais hélas ratée), et il est bien difficile d'adhérer à ce jugement en écoutant le déferlement de brutalité qui nous est offert, les hurlements de banshee de Dani étant il faut l'avouer vraiment particuliers et difficiles d'accès. Le mot "commercial" ne s'entendra que du fait des ventes spectaculaires - pour un groupe extrême - qui vont être réalisées par la suite, et signera le rejet du groupe par la frange irréductible du black "underground" (vraiment pas sûr qu'ils aient fait l'impasse sur les albums en question ces zozos-là !).

Ebony Dressed for Sunset, The Forest Whispers My Name et Queen of Winter, Throned sont encore aujourd'hui des classiques faisant partie de la set-list réclamée à grands cris par les fans lors des concerts.

Mais Vempire ne se résume pas à ces simples titres, c'est aussi le magnifique instrumental She Mourns a Lenghthening Shadow, planant et atmosphérique, sur lequel flotte comme une ombre, un reflet du Lac des Cygnes de Tchaïkowsky (2mn30), montrant que le groupe sait se diversifier et varier les ambiances tout en restant dans le credo indéfectible du gothique.

Il se termine en beauté par le véloce The Rape and Ruins of Angels (Hosannas in Extremis), longue pièce de près de 9 minutes bourrée de breaks et de trouvailles, sur lequel Dani enchaîne les hurlements à la façon d'un King Diamond, tantôt grave (narratif), black ou aigu, les voix se superposant parfois. Les riffs, sobres, y gagnent en superbe, relevés par une basse très efficace et des claviers majestueux. Un morceau complexe qui se termine sur des hurlements, ceux de femmes livrées à la flamme d'un bûcher...

 

Souvent méconnu par les amateurs plus récents du groupe anglais - ceux qui ont pris les choses en cours avec Midian par exemple -, cet EP est absolument à (re)découvrir, tant il recèle les clés du succès de ce Berceau des Immondices dans lequel nous aimons tant nous vautrer, près de 20 ans après leurs débuts.

 

Je vous laisse avec deux pistes fort différentes, le musclé Nocturnal Supremacy tout d'abord, avec sa démonstration de batterie et son solo final de guitare thrashisant, et She Mourns a Lenghthening Shadow, tout en claviers et beau en diable. Et attention, ça mord !

 

Bonne écoute mes diables !

 

Stéphane DELURE

 

 

 

 

 

 

Publié dans Horror-metal

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