Witchkrieg - Witchery (2010)

Publié le par Mordhogor

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Amis du bon goût, bonjour à vous !

Vous venez d'entrer dans un espace détente réservé aux VIP's du metal et à leurs nombreux fans ! Les premiers se retrouvent l'espace d'un enregistrement, jouent et boivent des bières ensemble, et les seconds achètent le disque résultant de la première réunion, éventuellement en buvant eux aussi une bière ou deux.

Witchery, c'est tout d'abord la chose de Patrick Jensen (The Haunted, ici compositeur, créateur des textes et lead guitar), petite récréation formée en 1998 avec son pote Rickard Rimfält (Seance, guitare rythmique), et servant de petit défouloir, lui permettant d'aborder sous l'angle du second degré ce que son propre groupe ne lui permettait pas de faire.

Les deux comparses ont vite été rejoints par des cadors du milieu. Voyez un peu : Sharlee d'Angelo à la basse (Mercyful Fate, Arch Enemy), Martin Axenrot à la batterie (si je vous dis "batteur chez Opeth et Bloodbath", vous devriez vous faire une petite idée du talent du bonhomme). Côté chanteur, on se la joue moins fidèle, puisque le combo suédois a commencé avec Toxine (oui, mais là non, je sais pas qui c'est) pour en arriver en 2011 à Emperor Magus Caligula (court et modeste comme nom ! Bon, lui c'est un ex de Dark Funeral et Hypocrisy pour citer les groupes les plus célèbres au sein desquels il a sévi). Mais pour l'album qui nous intéresse, et donc en visant précisément l'année 2010, nous tombons sur le terrifiant Legion, LA voix de Marduk pour nombre d'entre nous, celui qui nous a bercés de sa douce voix d'Heaven Shall Burn... When we are Gathered à World Funeral en passant par les incontournables Nightwing et Panzer Division Marduk ! Ah, que de tendres souvenirs ! 

Witchery est en fait le cinquième effort du groupe depuis ses débuts, sans compter un ep sorti en 1999. Jusqu'ici, peu de compositions personnelles à mettre au compteur, mais beaucoup de reprises des aînés, Accept, Judas Priest, WASP (???) et Black Sabbath.

Avec l'arrivée de Legion, on va pouvoir passer à la vitesse supérieure, tout en gardant le second degré qui caractérise les compos et l'attitude du groupe, qui reste avant tout un All Star Band, ou plutôt une réunion de potes qui voulaient s'occuper sans prise de tête entre le sérieux de leurs autres projets.

Le résultat, ça donne quoi ? Eh bien du thrash qui tache ! Et avec Legion à la voix, on pourrait rajouter du thrash qui crache ! Voilà, vous vous faîtes une meilleure idée de la chose ? Non ? Pas de problème, allons ensemble un peu plus loin et perçons le secret des lignes ennemies. Il s'agit de thrash extrême, du lourd de chez lourd, du genre qui vous réconcilie avec les sorties mollassonnes des anciens géants dont je tairai les noms par pur respect pour le travail accompli par le passé. Les guitares sont là pour sortir le grand jeu, à coups de riffs mortels et de soli d'anthologie. Et quand je vais vous parler des invités estampillés champions de la six corde qui sont venus en rajouter une couche, vous allez en baver à plus en pouvoir et courir acheter la galette au triple galop ! Pour ce qui est du chant... pas de place ici pour la voix claire et mélodieuse d'un Roy Khan ou d'un Fabio Lione, et nous avons donc droit à un mix hargneux entre black et death bien gras, avec une tendance marquée pour le style qui a fait le succès du monstrueux Legion.

Accrochez-vous quand ça commence et mettez la ceinture, car vous allez vous prendre onze titres dans les mâchoires, onze titres balancés en moins de quarante minutes ! 

Un peu de pluie pour commencer, et comme la pluie souvent annonce l'orage, Martin Axe cogne sur ses fûts et agite la pédale comme si sa vie en dépendait sur le terrifiant Witchkrieg dont je vous offre en fin d'article le délicat clip montrant une Europe envahie par les forces de Satan sur fond de Seconde Guerre Mondiale/début de Guerre Froide qui aurait mal tourné (oui, il fait un peu coco le méchant !). Vous avez même une surprise sur le livret : une carte du champ de bataille où chaque titre de l'album est placé comme une division prête à frapper ! Jensen et Rimfält riffent comme des malades, mais quand arrive le premier invité surprise, on grimpe carrément au rideau, car dès les premières notes on a reconnu le style inimitable de Kerry King, torturant sa guitare dissonante comme lui seul sait le faire. Irrésistible !

Une tendre histoire de loup-garou insensible aux balles d'argent (tu m'étonnes !) déboule ensuite avec Wearer of Wolf's Skin, armé de beaux soli et d'un chant bien caverneux.

Et on continue avec les invités de talent sur The God Who Fell From Earth, puisque celui qui va nous plaquer ses accords eux aussi inimitables sur cet excellent titre mid-tempo n'est autre qu'Hank Shermann, de Mercyful Fate (dieu que ce groupe me manque !!!) ! Son lead de guitare est monstrueux et ressemble à ces impros qui donnent toute leur saveur à ces live de légende qui savent nous donner plus que les albums ne renferment.

Conqueror's Return ralentit un peu le tempo, sans ajouter ce petit plus qu'un morceau plus calme aurait été en droit de générer.

Le thrash furieux revient avec The Reaver et l'arrivée des solistes d'Exodus, Gary Holt et Lee Altus, qui vont se livrer à un duel de folie tandis que hurle Legion en étirant le mot Reaver comme un possédé. Tant de notes ramassées sur 3 minutes, ça laisse rêveur !

Et c'est pas fini, puisque mon chouchou Andy LaRocque (King Diamond mais aussi le producteur de talent qui ne cesse de nous livrer des perles !) vient plaquer ses accords sur le furieux From Dead to Worse, morceau marqué d'un refrain incantatoire et satanique me donnant envie de danser autour d'un feu en robe de bure avec mes copains habillés itou et me tenant la main ! Perché sur une estrade, le bouc noir nous regarderait en sourillant, heureux de voir ses enfants si joyeux !

Devil Rides Out arrive justement, même si je doute après avoir lu les paroles que le titre ait un quelconque rapport avec le chef-d'oeuvre sulfureux de Dennis Wheatley (adapté par Terence Fisher en 1968 pour la Hammer, un incontournable !). Point de soli d'anthologie, mais des riffs d'enfer (forcément !) et une batterie qui claque sur un refrain très fort.

Jim Durkin (le cultissime guitariste de Dark Angel !) va le livrer lui, son solo, sur One Foot in the Grave. Encore une fois, anthologique ! Le texte est quant à lui toujours... satanique, et convient donc parfaitement au diabolique Legion, qui entonne avec joie "Got one foot in the grave, the other in hell".

Jensen nous montre que lui aussi sait envoyer le bois comme pas un avec sa guitare en nous livrant une impressionnante prestation sur Hellhound, morceau terrifiant de rapidité (bon, sur 2mn45, pas le temps de finasser !). Du thrash old school mâtiné de The Haunted, plutôt plaisant.

Witch Hunter est un morceau sur lequel brille la batterie déchaînée de Martin Axe, entrecoupée de guitares très incisives et de soli beaux en diable. La voix presque susurrée (mais fort quand même) de Legion donne un parfum vraiment diabolique au titre.

Un petit titre bonus pour terminer, Hung, Drawn and Quartered, dont je sais peu de choses en fait, hormis qu'il s'agit de la traduction d'un supplice tout anglais punissant le crime de haute trahison, s'apparentant à l'écartèlement et qui prit fin en 1810. Voilà qui traduit bien toute la finesse du morceau, mettant bien la batterie en valeur, soutenue par des riffs entêtants. La basse se fait entendre et de curieux bruitages apparaissent, voix fantômes parcourant le morceau sur un solo de guitare plus diffus.

 

Voilà ! La réunion de stars du metal n'a pas toujours donné naissance à des chefs d'oeuvres, mais nous tenons ici quelque chose qui s'en rapproche. Même si l'exercice s'oriente surtout vers la démonstration de talents divers, le tout forme une pâte homogène qui a le mérite de porter haut le pavillon du thrash. L'ensemble étant porté par la voix de Legion, il monte vers des sommets de brutalité que le genre a finalement peu abordé. A côté, Tom Araya passe pour un chanteur d'opérette !  

 

Tout amoureux de thrash se doit de posséder cette galette, surtout en sachant que Legion s'en est allé voir ailleurs si l'air était plus délétère, et donc que l'objet va revêtir un parfum de rareté.

 

En attendant, je vous laisse avec le clip que vous avez tant mérité, affreux satanistes que vous êtes !

 

Bonne écoute,

 

Stéphane DELURE

 

Publié dans Thrash metal

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