Les Piliers de la Création - Terry Goodkind (tome 7 L'Epée de Vérité)

Publié le par Mordhogor

livre-les-piliers-de-la-creation-301-7.jpgJ'ai refermé le volume après l'avoir sagement terminé, et je me suis demandé très sincèrement s'il s'agissait d'un coup de génie ou d'une lucrative escroquerie !

Voilà encore 637 pages à rajouter à la sage de Richard le Sourcier, et au bout de ce long chemin nous ne sommes pas plus avancés qu'à la fin du sixième volume.

Et la raison en est vraiment étrange dans l'histoire de la littérature : les héros ont décidé de prendre des vacances, ou presque ! Le couple formé par Richard et Kahlan n'apparaissent en effet qu'à partir de la page 571 ! Nous serions au coeur d'une série TV (il y en a une d'ailleurs, Legend of The Seeker), tout cela s'expliquerait par une banale grossesse de l'actrice principale, un projet cinéma de son partenaire après six années de bons et loyaux services, mais là, nous sommes dans l'univers de héros de papier que l'auteur a volontairement décidé de pousser de côté.

Doit-on y voir une certaine lassitude de la part de sieur Goodkind ? Ne voulait-il pas tout simplement s'offrir une petite récréation sans pour autant tuer la poule aux oeufs d'or (plus de 20 millions de volumes vendus quand même !) ?

Mais de quoi parlent donc les 570 premières pages alors ? Elles décrivent en fait les pérégrinations d'Oba et Jennsen Rahl, respectivement demi-frère et demi soeur de Richard, tous deux enfantés dans la violence par le maléfique et défunt Darken Rahl. Ces deux bâtards - eh oui, c'en sont-ce ! - sont dépourvus du don, ce qui fait d'eux des armes redoutables : ils sont invisibles pour les sorciers et sont totalement insensibles à la magie ! Même la morsure de l'agiel des terribles Mord-Sith les laisse de marbre. Le premier de ces deux personnages est assez ridicule, il faut bien le dire : Oba n'est autre qu'un géant psychopathe physiquement et mentalement persécuté par sa mère jusqu'au jour où il goûta au plaisir coupable du meurtre (les coups de pelle dans la tronche, ça soulage des fois et ça évite la consultation d'un psy !). Passons. C'est Jennsen qui s'en tire le mieux, jeune fille assez complexe ayant vécu en retrait du monde, dans la crainte constante du meurtre par son géniteur ; une fois sa mère assassinée, elle suivra le premier homme de bien venu, plaçant en lui des espoirs que sa solitude seule peut expliquer.

Malheureusement, le style très banal de Goodkind passe totalement à côté de ce qui aurait pu être un joli challenge - ah, comme je regrette les pensées coupables d'un Stephen King au sommet de son art, la complexité d'un Gemmell qui aurait transformé ces personnages en véritables icones - et nous livre ce qui est à mon sens le plus faible, et de loin, des ouvrages de la série (j'espère que le reste sera mieux !). La narration nous abreuve de passages d'une naïveté confondante contrebalancés de violences fulgurantes auxquels nous avions jusqu'ici été habitués sans pour autant que cela atteigne un tel niveau de médiocrité (il nous prend pour des poires ou il fallait rendre le travail en un temps record ?). Exemple : les meurtres commis par Oba sont vraiment atroces (un bonus pour celui du voleur !) mais leur effet annulé par sa psychologie si désespérément enfantine (il aurait fait peur en se montrant plus sombre et mature).

Alors pourquoi parler du génie de Goodkind ? Parce qu'il y a quelque part dans ce livre une étude finalement inquiétante de ce que pourraient être amenés à faire de simples individus pris dans le tourment des guerres. Il y a ce passage jouissif et libérateur vers la violence extrème, primaire, même si l'obsession du viol de Goodkind commence sérieusement à m'inquiéter !!! Ces manières de procéder ne sont pas communes dans le monde de la fantasy, et pour cela expliquent probablement le succès sans pareil de l'écrivain. Le héros, de passif, devient soudain un tourbillon instincif qui balaye tout sur son passage, sans s'encombrer de la moindre morale - Richard et Kahlan ont énormément de sang sur les mains, ce qui ne les empêche pas de dormir. Et puis il y a des scènes véritablement grandioses, comme celle, proprement ahurissante, de l'assaut du palais des inquisitrices, se transformant en véritable bain de sang perpétré par deux détenteurs du pouvoir (j'ai évité de peu le spoiler !), ou celle de Richard qui lache encore une fois la bride à ses pulsions, prêt à tout pour sauver sa promise (tuer mille guerriers déchaînés d'un simple geste de la main sans pour autant passer à côté de la violence de la chose, c'est grandiose !).

La conclusion du volume ne nous mène pas à grand chose dans le déroulement de l'histoire. Tout ceci était  même un peu vain. Mais je ne peux m'empêcher de vouloir lire le huitième un de ces jours (le number 10 vient d'arriver !) en souhaitant retrouver la magie des premiers tomes.

Juste pour terminer, le résumé situé en quatrième de couverture induit totalement en erreur, laissant deviner une chasse dont les gibiers seraient les deux héros. Or, celle-ci n'est pas, ou si peu. Il faudra retravailler votre copie à ce niveau, Bragelonne !

 

Bonne lecture quand même,

 

Stéphane DELURE

Publié dans Littérature - Fantasy

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Grissom 21/04/2010 06:20



Cette saga me fait les yeux doux depuis longtemps mais presque dix tomes si ça n'existe pas en poche comme La roue du temps ou L'assassin royal ça fait un sacré budget......alors on verra plus
tard.......



Mordhogor 21/04/2010 08:23



A part le premier tome (excellent !), sorti en poche il y a quelques années chez Presses Pocket, rien à signaler du côté de l'édition petit format. Bizarre. Sans doute une histroire de gros sous
et de droits en pourparlers. Sortira un de ces jours chez Milady, moi je vois dit...


T'es vraiment lève-tôt Grissom ! Tu m'épates !